Les mots ne sont jamais innocents. Surtout pas dans le monde des services secrets, où l'opinion publique est un élément essentiel. On aura remarqué que le mauvais coup des agents du Mossad, arrêtés récemment en train d'installer des écoutes téléphoniques illégales à Berne, est devenu, le plus souvent, une «opération ratée». Comme si elle n'avait malencontreusement pas pu «réussir». Comme si elle possédait une certaine légitimité – la lutte contre le terrorisme.

Au moment où est évoquée l'idée que la prise effectuée par les services de Carla Del Ponte pourrait servir de monnaie d'échange dans des tractations politiques entre la Suisse et Israël, cette ambiguïté du vocabulaire devrait éveiller une extrême méfiance.

Bien sûr, les experts du renseignement expliquent que rien ne serait arrivé si les Suisses s'étaient dotés d'une protection de l'Etat digne de ce nom. L'argument est peut-être sérieux. Il est indéniable que les services de sécurité n'ont pas, en Suisse, des moyens d'investigation comparables à ceux de leurs voisins. Les écoutes téléphoniques préventives sont interdites par la nouvelle loi sur la sécurité intérieure. Dans cette optique, l'affaire du Mossad fournit des munitions aux adversaires de l'initiative pour l'abolition de la «police fouineuse»: si nous ne voulons pas que les services étrangers viennent poser des «bretelles» sur nos lignes téléphoniques, prenons les choses en main.

Mais ces bonnes pensées ne justifient en rien ce cynisme fort répandu dès qu'il s'agit de services secrets, peu regardants aux méthodes et s'abritant un peu vite derrière la raison d'Etat. La bavure du Mossad est grave. Les explications sinon les excuses qu'on lui cherche sont détestables. Il serait honorable de laisser aller la justice au bout de sa tâche. Et donc d'affirmer haut et fort que cette affaire n'est pas monnayable politiquement.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.