Compétition

Le rallye automobile, au bonheur des dames

Les femmes prennent le volant pour le plaisir et la recherche de sensations fortes. Univers souvent conjugué au masculin, la course par étapes s’ouvre aujourd’hui à la gent féminine. Et sous toutes ses formes

Le Salon de l’automobile de Genève a fermé ses portes dimanche passé. Comme chaque année, médias et visiteurs ont scruté les stands, marqués par plus de parité entre hôtes et hôtesses. Mais si la présence de femmes dans un univers traditionnellement associé aux hommes diminue, la roue tourne du côté des conductrices. En 1990 était lancé le premier rallye exclusivement féminin: Aïcha des Gazelles. La compétition s’est ensuite ouverte aux femmes un peu partout, en Suisse aussi.

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A 24 ans, Audrey Dauphin et Santana Cheseaux ont décidé de se lancer dans la course automobile ensemble. «Petite, je voyais les voitures du Rallye du Chablais passer devant ma maison, explique Audrey. Ça m’a toujours fascinée. A 18 ans, j’ai passé mon permis et quelques années plus tard, ma licence de pilote.» Cette habitante de Lavey (VD) a rapidement convaincu son amie d’enfance de copiloter pour l’aventure à bord d’une modeste Twingo R1, passée par la case tuning de sécurité minimale pour pouvoir appuyer sur le champignon.

Sans appréhension? «On s’est lancées sans se poser de questions», répond la pilote, horticultrice dans la vie de tous les jours. «On adore le sentiment de liberté et l’adrénaline que procure la compétition.» Pas de grand discours revendicateur derrière ce loisir, cependant. «On veut vivre une expérience humaine et s’amuser ensemble. Mais si notre parcours peut inspirer d’autres jeunes femmes, alors c’est super.»

Sans perspective professionnelle

Au Championnat suisse junior 2017, elles étaient le seul tandem 100% féminin. Leur participation leur a valu la 7e place sur 11. Elles réitèrent l’expérience cette année, dont l’édition est marquée par la présence d’un autre duo de demoiselles.

Esthéticienne de formation, Santana Cheseaux se plaît dans le rôle de copilote. Mais la jeune femme a décidé de se lancer sur les circuits avec sa propre Citroën, hors compétition, «pour le plaisir de conduire et les sensations fortes». Pour le moment, pas question pour le duo d’envisager une carrière professionnelle. En Suisse, les débouchés sont rares. Simona de Silvestro, une des seules Suissesses à avoir percé dans le milieu, concourt aujourd’hui avec Nissan en Australie.

Des jouets empruntés aux hommes

Conduire, c’est aussi un plaisir d’esthète, justement. «En Suisse, il existe un réel amour pour l’automobile», remarque Nathalie Lepoutre, organisatrice du Rallye des Caprices, unique manifestation du genre réservée aux femmes en terres helvétiques. «De nombreuses passionnées propriétaires d’une belle voiture de collection veulent la montrer, sans sacrifier leur esprit de compétition.» Porsche, Mini ou Dino Ferrari, pendant quatre jours: les participantes font vrombir leurs propres carrosses vintage sur les routes ouvertes à la circulation. But de ce rallye de régularité: se rapprocher d’un temps idéal pour effectuer un trajet imposé.


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Et le credo de cette joyeuse parade? «Toys for boys stolen by girls», des jouets d’hommes que volent les filles. Car «souvent, ils appartiennent aux maris des participantes, glisse celle qui a toujours côtoyé les voitures. La compétition sort des sentiers battus, mais le message ne se veut pas féministe.» Le discours est axé sur le plaisir de rouler, à la sauce glamour. «L’engagement dans une course peut aussi représenter une thérapie pour certaines participantes, fières d’être arrivées au bout de l’aventure.»

Si cet univers qui fascine s’est bel et bien ouvert aux femmes, il n’est pas sans prix: quelques dizaines de milliers de francs pour la compétition, et plus de 3000 francs pour le Rallye des Caprices.

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