«J’ai été accusé pour des raisons politiques». Acquitté la semaine dernière par un jury populaire aux Etats-Unis, Raoul Weil, l’ex-responsable de la gestion de fortune au sein d’UBS, fait le procès de son procès dans la NZZ am Sonntag. Dans la première longue interview qu’il donne après son acquittement, le banquier relève que ses accusateurs du Département américain de la justice voulaient «mettre UBS à genoux et forcer le gouvernement suisse à abandonner le secret bancaire.» Si le verdict du tribunal était tombé plus tôt, «les banques suisses auraient probablement été moins nombreuses à s’inscrire en catégorie 2 du programme américain», dans laquelle ont été forcés de s’inscrire les établissements estimant ne pas pouvoir apporter la preuve de leur innocence. Dans Le Matin dimanche, Matthew Menchel, l’un des avocats du banquier, pense que désormais «le Département américain de la justice ne doit plus partir du principe que toute personne accusée d’un crime va simplement se coucher et accepter d’être désignée coupable.»

Justice, encore: les réactions se multiplient après le verdict de la Cour européenne des droits de l’homme obligeant la Suisse à obtenir des garanties de l’Italie quant à la prise en charge d’un couple de requérants d’asile afghans et de ses six enfants mineurs que Berne veut renvoyer. Alors même que la Suisse n’a pas été condamnée dans cette affaire – la Cour se contentant d’indiquer les conditions auxquelles le renvoi de cette famille doit satisfaire -, le jugement crée un précédent. D’autres cas semblables sont pendants à Strasbourg, note la NZZ am Sonntag. La pression augmente sur Simonetta Sommaruga, la ministre de l’asile, écrit la SonntagsZeitung. Le jugement doit entraîner « un arrêt de fait des renvoi», estime Christian Levrat, le président du PS, dans l’hebdomadaire. Pour lui, le Conseil fédéral doit s’activer pour demander une révision de l’accord européen de Dublin auquel la Suisse participe. Pour Christoph Blocher, le jugement de Strasbourg le montre : « Dublin n’a jamais joué : toute la charge retombe sur les pays du Sud et de l’Est», déclare-t-il au Matin dimanche. Pour lui, pas de doute : la Suisse va appliquer les injonctions de la Cour à la lettre, mais en Italie, il ne va rien se passer. Le «stratège» de l’UDC en profite pour annoncer une nouvelle initiative sur l’asile. But : accélérer encore le traitement des demandes d’asile, afin de «casser l’industrie des passeurs.»

La France va-t-elle suivre l’exemple américain de extraterritorialiser sa législation fiscale ? s’interroge Le Matin dimanche. L’amorce de ce mouvement, qui pourrait représenter une révolution pour les citoyens français domiciliés à l’étranger, se niche dans un article de la convention de double imposition signée par Paris avec Andorre, et prévoit que la France impose ses ressortissants résidant dans la principauté. « C’est un changement qui se prépare en coulisse depuis deux ou trois ans. Cette convention en est la première démonstration concrète », note Xavier Oberson, avocat et professeur de droit fiscal à l’Université de Genève. Si la France décidait de passer à ce système avec la Suisse, un Français établi à Genève et y travaillant paierait ses impôts en Suisse et pourrait déduire ce montant en France, nuance Xavier Oberson dans l’hebdomadaire. En revanche, ses gains en capital sur sa fortune privée, qui ne sont pas taxés en Suisse, le seraient très lourdement en France.

Fiscalité toujours: Les Suisses diront à la fin de ce moins s’ils veulent maintenir l’imposition privilégiée («à la dépense») des riches étrangers sans activité lucrative en Suisse. Le Matin dimanche a recueilli le témoignage de quatre d’entre eux, dont deux acceptent d’apparaître sous leur nom. Ils viennent de France et de Belgique. Deux d’entre eux disent qu’ils partiront si l’initiative soumise au vote populaire le 30 novembre est acceptée. A 75 ans, Michel Somnolet, ancien vice-président « d’un grand groupe », lui, dit qu’il ne va pas recommencer sa vie ailleurs.

Un petit chemin, un grand article dans Le Matin dimanche. Un élu d’Epalinges (VD) veut débaptiser la rue Marcel-Regamey, du nom du fondateur de Ligue vaudoise, décédé en 1982, qui a longtemps habité la commune des hauts de Lausanne. L’hebdomadaire revient sur la gêne qui demeure face à l’héritage intellectuel de Marcel Regamey et de son mouvement. On passe difficilement à ce brillant esprit, mélomane et cultivé, l’antisémitisme qu’il a professé dans son journal, La Nation, entre les deux guerres. Ecart de jeunesse, aux yeux d’un Bertil Galland qui fut très proche de lui avant de rompre. «Le penseur d’Epalinges n’a jamais aimé les dictatures et garde ses distances face aux fronts de droite européens qui pullulent dans les années 30», rappelle l’hebdomadaire. Regamey fut partisan du référendum, mais sévère avec la «division des esprits» que génère la démocratie directe et combattit les initiatives Schwarzenbach. L’historien Roland Bütikofer, dont les travaux l’ont amené à penser que l’antisémitisme n’était pas un élément marginal dans la doctrine du mouvement, n’y voit pas de raison suffisante pour débaptiser le chemin dédié à la mémoire du Vaudois. «A ce tarif, on pourrait le faire pour beaucoup d’autres.»

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