Il y a trois mois, le moral était dans les charentaises, le semi-confinement était interminable. La promesse d’un été culturellement vide semblait inéluctable, la situation paraissait désespérée. A l’instar de Perrette lâchant son pot au lait, on pouvait dire adieu à tout ce qui fait le sel de l’été. Mais comme trois mois, c’est long, la situation a depuis évolué.

Les mesures sanitaires encore en vigueur ont poussé certains acteurs culturels à se réinventer. Il y a deux semaines, je suis ainsi allé du côté de Cully, où le Jazz Festival proposait, outre un brunch musical, deux concerts en plein air. Un peu moins de 300 transats entouraient une scène centrale, avec le lac et le vignoble en terrasses comme décor. Moments suspendus avec le quartet du jeune guitariste Louis Matute puis Christophe Calpini en batteur électro, accompagné d’un quatuor élégiaque sublimant le crépuscule.

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Cette semaine, c’est le Festival de la Cité qui, après son annulation, jouait au phénix pour devenir Aux confins de la Cité, une série de propositions artistiques disséminées dans la ville, destinés à des publics restreints et dûment fichés. Mercredi soir, sur une colline bucolique que je ne connaissais pas alors que j’ai grandi à 1 kilomètre et demi de là, j’ai retrouvé avec un bonheur indicible Raphelson, élégant songwriter découvert vers la fin du millénaire dernier alors qu’il œuvrait au sein de Magicrays. Et admiré au Montreux Jazz 2007, lorsque au côté de Fauve – le tout aussi classieux compositeur lausannois, et non le groupe de poseurs parisiens – il avait joué en compagnie du Sinfonietta de Lausanne.

Virtuosité mélodique

Sur son dernier album solo, Fallen Idols, composé de dix morceaux qui sont comme dix chapitres d’une histoire à la narration diffuse, Raphelson montre un talent mélodique rare. Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, que le producteur anglais John Parish lui est fidèle, de la même manière qu’il accompagne de longue date PJ Harvey.

Raphelson est donc allé chanter là-haut sur la colline, et c’était beau. Comme si la vue plongeante sur le Léman, plus encore que la moiteur d’un club sombre, transcendait ses mélodies folk. Après des semaines de sevrage musical, car un disque ne remplacera jamais un concert sur le plan émotionnel, ce moment tenait de l’épiphanie. Lorsqu’un vaccin sera disponible et que les sorties culturelles seront totalement déconfinées, il faudrait que ces propositions autres, plus intimes, se multiplient, à l’image de ce que fait aussi en Valais le PALP Festival. Car il y a là un bon moyen de faire vivre les artistes locaux, tout en attirant un public différent, adepte d’un moment de partage plus que de fiesta.


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