Avouons-le d’emblée: jusqu’à mercredi, nous n’avions jamais entendu parler de ce Koba LaD, de son vrai nom Marcel Junior Loutarila, rappeur français d’à peine 20 ans – il est né le 3 avril 2000. Et le chroniqueur musical du Temps nous avait avertis: «Franchement, ça ne casse pas des briques, ce qu’il fait.» Inconnu au bataillon des black boys scandeurs – tendance électronique – ce garçon, donc, jeune public excepté. Du moins avant qu’il ne déclenche une immense polémique en partageant sur son compte Snapchat une capture d’écran d’un article sur le meurtre de Giovanni Melton, 14 ans, tué par son père près de Las Vegas et dont le titre est «Ce père tue son propre fils parce qu’il était gay. Il préfère un fils mort qu’un fils gay». Ce à quoi il aurait ajouté un émoji de deux mains qui se serrent et, en légende: «Bien joué.» Mais est-ce vraiment lui, ou n’est-ce «qu»'un partage?

Ce n’est de toute manière pas malin quand on est une valeur montante de la musique pour les jeunes. Alors depuis dimanche 16 février, c’est évidemment l’ulcération générale. Un communiqué du Caribana Festival, qui doit avoir lieu cette année du 17 au 21 juin sur les rives du Léman, à Crans-près-Céligny (VD), est tombé mercredi dans les boîtes courriel, limpide et définitif: «Le Caribana est un festival qui aime tout le monde. Le respect et la tolérance occupent une place primordiale au sein de ses valeurs. C’est pourquoi, en tant qu’organisateurs, nous avons décidé de déprogrammer Koba LaD du festival suite aux propos homophobes et incitant à la haine qu’il a tenus ces derniers jours sur les réseaux sociaux»…

… L’homophobie n’est pas une opinion mais un crime

Cette dernière phrase est soulignée dans un texte également publié en manifeste sur la page Facebook du Caribana, où il suscite déjà plus d’une centaine de commentaires en majorité empathiques, mais aussi quelques réactions de rejet. «Nous avons vu ses propos sur son compte. Nous avons d’abord attendu ses excuses mais celles-ci n’étaient pas meilleures», précise à La Côte Laura Briand, de la com de Caribana. «Le comité d’organisation […] s’est alors réuni et a décidé à l’unanimité de déprogrammer l’artiste. Cela ne nous coûte rien car le contrat n’était pas encore signé.»

Vague d’indignation

Ce n’est pas un cas unique, loin de là. En fait, suite à cet insensé naufrage de communication, les déprogrammations s’enchaînent, l’une après l’autre, comme a pu le constater l’Agence France-Presse. Koba LaD a été biffé des affiches du festival parisien We Love Green, de la Cité musicale-Metz, de Marsatac à Marseille, du Main Square Festival à Arras, du Garorock à Marmande, du Dour Festival en Belgique et du VYV Festival à Dijon.

We Love Green explique sur Twitter qu’il a «toujours défendu la diversité et le respect d’autrui» et que «malgré les excuses publiques de l’artiste sur sa maladresse, les idées véhiculées sont contraires à l’état d’esprit du festival». La Cité musicale explique pour sa part ne pouvoir «cautionner les propos relayés ou tenus récemment par l’artiste, qu’ils soient le fruit d’une maladresse ou d’une conviction profonde». SOS Homophobie s’est associée «à la vague d’indignation». «Interpellé par une pétition en ligne, le festival breton Art Rock a lui aussi suivi la démarche, dit la RTS. Les organisateurs ont toutefois dénoncé la transformation des réseaux sociaux en tribunaux populaires où la condamnation est immédiate et irrévocable.» Marsatac, de son côté, est très clair:

Dans deux vidéos publiées sur ses réseaux, le rappeur a tenté de se défendre. Mal, hilare, comme totalement inconscient de la portée de ses actes et de ses mots, plaidant sa bonne foi sur un ton dont la badinerie ne peut que choquer. «Je ne suis pas homophobe, chacun pour soi, Dieu pour tous […]. Je cautionne pas du tout le meurtre, ni l’enfant gay, rien à voir, hors sujet, c’est une incompréhension […]. Il faut souligner que le screen [l’écran], les mains qui se serrent, le «bien fait», c’est pas moi qui l’ai marqué», peut-on d’abord voir.

Puis, celui dont le clip RR 9.1 dépasse les 77 millions de vues sur YouTube, «présenté comme le petit prince du rap français» selon Le Télégramme de Morlaix, précise avoir partagé cette capture dans sa «foncedé» [sa défonce]. Dans une seconde séquence filmée, il dit s’être «mal exprimé», avant d’ajouter: «Là, je suis en vacances, arrêtez de me prendre la tête.» En roue libre, le jeune homme, dans un état d’impréparation totale à la riposte médiatique. Eclatant d’immaturité et d’insolence paranoïaque.

«Reste désormais à voir quelle ampleur atteindra cette polémique, et les éventuelles conséquences sur la carrière du jeune prodige du 91», conclut le site Konbini. Du coup, «on ne pourra que conseiller à l’équipe de Koba LaD de dorénavant s’occuper de ses réseaux sociaux, auquel cas la chute risque d’être encore plus rapide que son ascension déjà exceptionnelle». D’ailleurs, la descente aux enfers virtuels a commencé, puisque France 24, par exemple, a déjà supprimé, sur son site, son sujet sur «Koba LaD, itinéraire d’un enfant de la street».

Une posture détestable

Ce dernier n’en est pas à son premier coup d’éclat, si l’on en croit le site RapRnb, où s’accumulent les «ferme ta gueule, frère», «nique ta mère» et autre «enculé, va». Bref, on n’est pas encore sortis du caniveau où se vautre assez souvent le rap français bas de gamme, avec ses propos racistes, violents, homophobes, misogynes – et l’on en passe. Pire encore quand ils prennent la posture la plus détestable: celle de donneurs de leçons.


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