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Le rappeur Médine aux Docks à Lausanne

OPINION. Médine, c’est d’abord le nom de la deuxième ville sainte des musulmans après La Mecque, mais c’est aussi le prénom d’un rappeur français d’origine algérienne qui doit se produire samedi aux Docks à Lausanne. Quel est le lien, se demande notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton

Nous savons tous qu’il y a deux époques bien différentes dans le Coran. Celle qui date du temps où le prophète Mahomet résidait à La Mecque et celle qui se déroule à Médine. Les enseignements de la première sont empreints de bienveillance, ceux de la seconde sont belliqueux, ce qui pose problème puisque, chez les musulmans, les textes postérieurs l’emportent sur les antérieurs.

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Nul n’est responsable du prénom que ses parents lui ont donné, mais s’il en est un qui semble l’avoir entièrement assumé, c’est bien ce rappeur français d’origine algérienne, Médine Zaouiche, qui s’affiche comme un enfant de l’islam conquérant. Il est programmé sur la scène des Docks à Lausanne samedi soir, tout comme il l’avait été au Bataclan, à Paris, avant qu’une levée de boucliers l’en empêche. Pourquoi? Il suffit pour le comprendre d’écouter ce que scande «l’artiste» (désolée pour la médiocrité des textes):

«A l’ombre de la haine la Panthère te surplombe, Panthère de métal, du plomb dans le mental, Arabian’s original, Impériale est la marche des panthères.» Impériale, vous entendez! Mais, il y en a encore: «Ils aiment casser du sucre sur le dos des sunnites mais on a le fuego, on le caramélise. Big up à Bruxelles, big up à Nice, ceux qui remontent la A13, ceux qui remontent la A6. Dans ma rue c’est la guerre ça grouille de schmitt, les frères s’embrouillent pour des crasseuses de souche. Suffit d’un geste, d’un mot pour qu’la gazeuse te douche, pour qu’la rafleuse te touche. Bam bam bam bam bam bam le public me crie: Achille refait l’Histoire de Troie. J’vais mettre tous leur blaze sur ma liste noire je crois…» Vous avez apprécié, j’espère. Bruxelles: 32 morts, 340 blessés. Nice: 86 morts, 458 blessés! Et ces crasseuses, filles faciles en argot, de souche évidemment. Et cette liste noire, et ce cheval de Troie!

L’interdiction de sa représentation au Bataclan à Paris ce mois-ci incriminait surtout sa chanson parlant de crucifier les laïcards comme au Golgotha: «Ils n’ont ni Dieu ni maître à part Maître Kanter Je scie l’arbre de leur laïcité avant qu’on le mette en terre Marianne est une femen tatouée «Fuck God» sur les mamelles.» Vous en voulez encore? Pas de problème, il y a le choix: «C’est chez les autres qu’on finira par s’asseoir. Retraçant leurs frontières et modifiant leurs histoires, Une histoire qu’on finira par oublier, Et qui à force de minutes de silences, se tait!» Là, c’est clair, traduction inutile.

Nous n’avons plus la moindre once d’honneur

Mais il a bien raison, ce gars-là, de se ficher de nous avec nos minutes de silence, nos bougies et nos nounours. Il a bien raison puisqu’il se trouve toujours un bien-pensant de service, un philosophe à deux sous, une municipalité rose-rouge-verte, pour trouver que tout cela ne mérite aucunement qu’on touche à la sacro-sainte «liberté d’expression de l’Aaartiste». Il a bien raison, ce Médine, de nous prédire l’impériale marche des panthères arabes, retraçant nos frontières, éliminant notre histoire, enfilant nos crasseuses de souche, puisque nous sommes d’accord avec lui, dégoulinants de tolérance, juste capables de minutes de silence et de «même pas peur» enfantins. Puisque nous refusons d’entendre la haine et la menace, l’injure et le mépris. Puisque nous n’avons plus la moindre once d’honneur ni d’instinct de survie. Puisque ceux qui s’insurgent sont forcément «d’extrême droite», j’attends de tels courriels…

Et, pendant ce même temps, la liberté d’expression fait son bonhomme de chemin. Jamal Khashoggi a été découpé en morceaux pour l’avoir prônée trop librement. La chrétienne Asia Bibi, incarcérée depuis dix ans, est toujours condamnée à mort pour blasphème au Pakistan, des manifestations vociférantes appelant à une pendaison immédiate. Enfin, selon Amnesty International, quatre pays sont responsables de 84% des condamnations à mort recensées et exécutées en 2017: l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Irak et le Pakistan. Merci Médine!

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