A la fin de son mandat, Barack Obama avait donné une interview brillante à Wired. C’était au sujet des nouvelles technologies. Logique pour ce magazine à la pointe du domaine; le président américain montrait non seulement sa maîtrise parfaite de l’état de la science mais aussi sa faculté à esquisser une vision politique à ce sujet.

Emmanuel Macron a réédité l’exercice avec le même média dans un entretien très dense sur l’intelligence artificielle. Et il y a quelque chose de roboratif à lire le président imaginer l’avenir alors que l’actualité le confronte à la vieille France, pétrifiée à l’idée de tout changement. Celle des cheminots figés dans un statut d’un autre siècle, celle de quelques étudiants répétant la même scène éculée depuis Mai 68 et celle encore des agités qui jouent un remake du Larzac, version Notre-Dame-des-Landes.

Quand ceux-là ont leur horloge arrêtée autour de 1970, le quadra au pouvoir leur montre dans Wired les enjeux qui vont structurer nos sociétés, pose un cadre et rappelle l’importance de mélanger sciences dures et sociales car rien ne sortira du progrès si seule la technologie décide. Il développe une vision face à des groupes sociaux réactionnaires qui ont un intérêt direct à perpétuer un système tout juste capable de générer du chômage de masse et dont ils retirent des dividendes politiques à coups de grèves, de violences et d’occupation.

Saisir la modernité


Cette confrontation de styles révèle un point de bascule saisissant par rapport à Mai 68. La modernité se trouve cette fois du côté du pouvoir démocratiquement élu quand l’étroitesse d’esprit et la vision passéiste se portent fièrement en bandoulière chez tous les zadistes de l’Hexagone. Frappant aussi, cette France-là – qui avait il y a dix ans encore la manie de mettre le terme «citoyen» partout où il y avait de la contestation – ne s’embarrasse même plus d’un idéal de classe sociale.

Les insurgés actuels ne veulent pas de solidarité. Ils veulent tout simplement le grand retour en arrière: vivre comme avant, se fermer au progrès et subsister chacun de leur côté, certains avec leur statut, d’autres dans leur uni douillette – où tout le monde a 20/20 s’il se met à crier un peu fort –, et les derniers sur le lopin de terre qu’ils ont confisqué. C’est la raison pour laquelle il n’y aura pas de convergence des luttes.

Cette capacité à saisir la modernité n’est pas le fait de tous les chefs d’Etat. Elle distingue Barack Obama et Emmanuel Macron de Donald Trump: là aussi, il y a ceux qui veulent comprendre leur époque pour conquérir le futur et ceux – incapables de saisir les enjeux technologiques actuels – qui ne sont là que pour vivre sur l’ancien système sans être capables d’envisager la suite.

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