Il fallait nous voir dans les travées du parlement. Ouvrant le journal, comparant nos notes comme si nos résultats d’examens venaient de tomber… Ce jour-là, c’était celui de la sortie du rating des parlementaires qui, chaque année, nous situe sur une échelle allant de -10, le plus à gauche, à +10, le plus à droite.

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Lors d’une précédente édition, à ma demande, les auteurs m’avaient décrit leur méthodologie, qui peut surprendre à au moins deux titres. D’abord, tous les scrutins sont pris en compte, avec la même pondération. Autrement dit, mon vote sur l’acceptation finale d’un projet ou sur une initiative populaire a le même poids que celui sur un amendement de détail, comme il y en a parfois des dizaines.

L’autre biais, plus ennuyeux, porte sur la définition même des pôles gauche et droite. Ainsi un vote favorable aux paysans pourra vous classer à droite parce que, ponctuellement, vous soutenez la même mesure que l’UDC. Une collègue bernoise PLR s’en est d’ailleurs émue dans l’autre sens: elle vote contre les paiements directs aux agriculteurs par conviction libérale, et se retrouve poussée… à gauche par ce vote, parce qu’il l’éloigne de l’UDC.

«Bolchevique plutôt que sociale libérale»

Cette technique simplifie le débat politique. Personnellement, et je n’en ai jamais fait mystère, il m’arrive par exemple de voter le renforcement de certaines sanctions pénales – d’ailleurs, tant pour les fraudeurs du fisc que pour les bandes criminelles ou les pédophiles. J’ai en effet la conviction que la sécurité est un droit élémentaire, un devoir de l’Etat envers les citoyens au même titre que la protection sociale.

Dans le classement, ces votes me tirent à droite. Pourtant, mon attachement à donner, dans ces domaines, du pouvoir à l’Etat me vaut d’être traitée de bolchevique plutôt que de sociale libérale par mes collègues les plus libertaires et les plus allergiques aux forces de l’ordre…

Des arguments, des faits, des nuances!

Tout n’est pas à jeter dans ce classement. Le constat selon lequel les groupes votent de façon de plus en plus homogène dit notamment quelque chose de l’évolution de notre culture politique. Mais évaluer le positionnement gauche-droite au dixième près fait-il progresser le débat? Il est probable que ce genre de data journalisme intéresse moins les lecteurs que des confrontations de fond, avec des arguments, des faits, des nuances. Et c’est tant mieux.


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