■ A l’heure du bilan d’une journée marquée par l’hommage planétaire rendu ce mardi à Soweto à Nelson Mandela par le gotha politique, les sites internet ne parlaient plus que de cela: l’historique poignée de main entre les présidents états-unien Obama et cubain Castro, qui a rompu une calotte glaciaire vieille de plus d’un demi-siècle: «Obama salue Raul: que cette image soit le début de la fin des agressions des Etats-Unis contre Cuba», s’est empressé de souhaiter le site officiel cubain Cubadebate.cu dans la légende de la photo des deux hommes.

■ Mais le moins que l’on puisse dire à ce stade, même si l’on nous assure que ce n’était pas prévu, c’est: affaire à suivre… Rien n’est encore fait. D’ailleurs, les réactions négatives sont les plus remarquées, comme celle du sénateur McCain qui se demande «pourquoi serrer la main d’un homme qui emprisonne des Américains», fait remarquer Radio France internationale.

■ Le locataire de la Maison-Blanche était évidemment au centre de tous les regards. Il s’est même offert un souvenir photo «selfie» avec la première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt. Le moment n’était peut-être pas le mieux choisi, mais dans la revue de presse concoctée par Alex Taylor pour la radio France Inter, on lit que le Mail britannique les voit tous les deux «cosying up» – «se blottissant l’un contre l’autre, sous le regard froid de Michelle Obama qui était «less than impressed» – que l’on peut traduire en français par «not amused».» De toute manière, poursuit le chroniqueur qui a lu le journal danois Politiken, «il aura fallu deux heures pour que l’AFP puisse identifier la dame blonde. Elle avait d’abord été décrite comme un «fonctionnaire de gouvernement non identifié».»

■ Contrairement à son déplacement à Londres pour les obsèques de Margaret Thatcher, le premier ministre israélien, lui, n’était pas là, son escorte de sécurité lui coûtant sans doute bonbon, comme toujours. Mais on se dit qu’il devait tout de même préférer la Dame de fer à Madiba. Ce qui n’empêche pas Die Welt, en Allemagne, de s’en étonner avec ironie: «Le voyage était vraiment trop cher?»

■ Et pendant ce temps, à A Vienne, Der Standard déplorait l’absence d’un représentant de l’Autriche, «absence que personne n’a remarquée d’ailleurs», poursuit le journal: «Notre président du parlement se rend sur place ce matin seulement mais quand bien même il aurait été là hier, personne n’aurait su qui c’est, car même en Autriche personne ne le reconnaît.» Euh… quelqu’un a-t-il vu Ueli Maurer? La Suisse était pourtant représentée par le président de la Confédération.

France 24, pour sa part, dresse la liste des illustres absents. A tout seigneur tout honneur: «Vladimir Poutine. Le président russe ne brille pas exactement par son goût des bonnes manières. […] Passons un peu vite sur Omar Al Bachir et sur le président égyptien (dont tout le monde ignore le nom étant donné que le pays est réellement dirigé par le général Al Sissi). Le premier, inculpé par le Tribunal pénal international, risquait d’être arrêté. Quand au second, il s’agit sans doute d’une réponse à la suspension de l’Egypte par l’Union africaine.»

■ Et le président iranien, alors? «Hassan Rohani aurait, selon certains, renoncé au dernier moment pour complaire à la frange la plus conservatrice du régime déjà passablement outragée par l’accord de Genève.» Mais «Obama n’aurait pas, dit-on, rechigné à une autre poignée de main avec le mollah. Deux ennemis jurés des Etats-Unis dans une même journée, le tout sous le regard du «commandeur»: bingo!» Mais c’est loupé.

■ La Tageszeitung de Berlin, elle, a choisi un autre angle, en regrettant qu’«aucun représentant européen n’ait eu droit à prendre la parole. A défaut, le président Barroso a fait part de ses sentiments sur Twitter (@BarrosoEU) : «C’est avec beaucoup d’émotion que je suis en Afrique du Sud pour rendre hommage à Nelson Mandela, un symbole planétaire de paix et de réconciliation.»

■ On a vu plus original, «signe s’il en est» du «rôle de plus en plus marginal dans le monde» de l’UE. Est-ce pour cela que le protocole avait sagement suggéré à la marginale délégation britannique, emmenée par le premier ministre, David Cameron, «de mettre une cravate noire», comme on le lit dans Le Matin?

■ Quant au site d’Europe1, il se concentre sur «les photos qui entreront dans l’Histoire». Parmi elles, Hollande et Sarkozy côte à côte: c’était l’autre «couple» vedette. «Arrivés ensemble au stade, ils sont également repartis tous les deux. Sans pour autant emprunter le même avion.» Et de rappeler aussi le discours fleuve de Jacob Zuma, le président sud-africain, qui a été conspué.

■ Et les frasques de l’inénarrable archevêque retraité Desmond Tutu! Quel personnage, celui-là! «Je ne vous donnerai pas ma bénédiction avant que vous tous soyez silencieux. Soyez disciplinés […], je veux entendre un stylo tomber», a-t-il crié, réussissant à obtenir un silence total dans un stade Soccer City déjà largement déserté. Cela a fait sourire la veuve de Mandela, Graça Machel, et son ex-femme, Winnie, raconte Le Figaro. «Nous promettons à Dieu que nous suivrons l’exemple de Nelson Mandela», a-t-il enfin lancé, ce à quoi la foule a répondu «Oui!».

■ Acclamé par les spectateurs dès son entrée dans le stade, le secrétaire général des Nations unies, lui, issu comme on le sait du pays du Matin calme, remporte le prix de poésie. Ban Ki-moon a dit voir en Nelson Mandela «le plus grand des baobabs» qui «a planté des racines qui ont poussé partout sur la planète. A travers la pluie du chagrin, j’espère qu’un arc-en-ciel va illuminer nos cœurs.»

■ Dernière question: pourquoi le pape François n’était-il pas à Soweto? Réponse dans Jeune Afrique: le pape n’assiste pas aux obsèques, un point c’est tout. «Que le défunt soit un religieux ou un politique, un ami personnel ou un individu lambda, un chrétien ou un laïc. […] Le «principe» n’est pourtant marqué nulle part dans les prescriptions de l’Eglise catholique romaine. «Il relève de la tradition protocolaire du Saint-Siège», explique le père Antoine Sondag, directeur du service national pour la mission universelle et des œuvres pontificales missionnaires en France. «Mais cela n’enlève rien à l’estime que le pape François porte à Nelson Mandela», rassure le clergé.»

On respire mieux, les absents n’ont pas toujours tort: car vous imaginez un pontife habillé en noir?

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