Revue de presse

Réactions après le braconnage de la louve en Valais par une de ces «immondes crapules»

Les lecteurs de la presse romande font part de leur ulcération après la découverte, vendredi dans le val d'Anniviers, d'un canidé abattu. Et plaident pour une chasse bien régulée

L’affaire a fait grand bruit ce week-end: une louve a été abattue en Valais, victime d’un acte de braconnage, a indiqué dimanche la police cantonale valaisanne. Son cadavre a été découvert vendredi vers 17h à Mayoux, dans le val d’Anniviers. Le Ministère public a ouvert une enquête. Et le Groupe Loup Suisse offre une récompense de 10 000 francs pour retrouver le coupable, qui a tiré à l’arrière de l’épaule de l’animal. Le cadavre va être transporté à l’Institut de pathologie de l’Université de Berne pour y être autopsié. La police recherche des témoins.

Du coup, les internautes de 20 Minutes sont ulcérés. «La honte, y en a marre! Laissez vivre les loups et autres animaux en paix! Ils ont plus peur de nous que nous avons peur d’eux!», s’exclame l’une d’entre elles. Tandis qu’une autre, sous le titre «Au pays des bisounours», exprime de sérieux doutes: «Mais vous croyez sincèrement qu’un braconnier qui tue un loup ne le cache pas mieux que cela? Il faut être naïf pour le croire! Ce n’est qu’un montage. Je ne serai pas étonnée que cette louve soit morte naturellement mais qu’elle ait été tirée par la suite pour accuser les chasseurs.»

Les lecteurs de 24 Heures ne sont pas moins sévères, qui proposent d’arrêter de «manger de la viande. Plus de moutons et aussi plus de chasseurs = moins de loups tués pour rien». Et de remercier le quotidien vaudois «pour cette splendide photo…» [La même que ci-dessus et la seule qui ait été diffusée.] «Et sinon, à quand une initiative pour limiter le nombre d’êtres humains? Histoire qu’il ne reste pas que nous sur cette merveilleuse planète, à force de tuer tout ce qui bouge et qui fait peur.»

Sur Facebook, c’est aussi le concert de lamentations: «Décidément… l’homme ne comprend rien…» Ou, plus vindicatif: «Que l’on soit clair en cet instant et face à tant de crétinerie: la chasse a un rôle important à jouer dans la régulation de la faune en Valais. La chasse a sa place sur nos terres avec la maîtrise des règles en vigueur et le respect de l’animal. Mais les braconniers sont d’immondes crapules. Ils sont la honte des chasseurs. Leur petitesse m’écœure au plus haut point.» De «pauvres créatures sans cervelle» qui créent la polémique soulevée par ce professeur:

Sur Facebook encore, le débat peut aussi singulièrement dégénérer, à l’image de cet extrait de dialogue aussi relevé qu’une sauce mexicaine. Suite à un post ironique disant que «la police penche pour la thèse du suicide», l’ambiance est au règlement de comptes: «C’est l’UDC, car c’est un loup venu d’Italie… Bon, ça en fait toujours un de moins.» Mais il faut espérer une chose, écrit un autre: «Que les loups hérensards et bagnards se décident aussi à se suicider.»

«Mon Dieu», que le niveau est bas, enchaîne un internaute qui dit bien jusqu’à quelles considérations on peut aller quand on parle du loup: «Il n’y a pas que les écolos bobo […] qui sont pour la réintroduction du loup. […] Vous savez qu’on peut respecter tout le monde, même ceux qui ne pensent pas comme nous? […] Le braconnage est un acte illicite. Que se soit sur un loup, ou sur tout autre animal. S’en réjouir ne fait que refléter votre niveau intellectuel. Le loup arrive à cohabiter avec l’humain dans bien des pays, pourquoi pas en Suisse? Parce que c’est plus facile de tuer tout ce qui bouge plutôt que de résoudre un problème apparent? Ça prouve notre impuissance et notre petitesse d’esprit.»

Une première dans le Valais romand

«Cet acte de braconnage est le premier commis en Valais romand», fait remarquer Le Nouvelliste (LNV) dans son édition imprimée de lundi. Il «s’intègre dans un contexte où la protection des grands prédateurs» prévue par la Convention de Berne de 1979, relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, «fait débat». Mais quoi qu’il en soit, «non, ce n’est pas admissible que l’on tue des animaux de cette manière», écrit une lectrice du quotidien valaisan: «Cette louve avait peut-être des petits? J’espère que cette personne assumera ses responsabilités. Le fait de ne pas accepter le retour du loup en Valais ne justifie en rien cet acte lâche et gratuit!»

«Si cela a été perpétré par un chasseur, c’est vraiment dommageable. Cela nuit à l’image de l’ensemble des chasseurs à cause de la bêtise d’une seule personne», répond Daniel Kalbermatter, président de la Fédération valaisanne des sociétés de chasse (FVSC), toujours dans LNV. Position similaire de Jean Bonnard, rédacteur en chef de la revue de la Diana, Chasse et Nature, qui estime «toujours regrettable qu’on ne respecte pas la loi». Avec cette nuance: «C’est un secret de Polichinelle que le loup n’est pas bien vu par les éleveurs et les chasseurs.»

Pour «une table ronde»

La semaine passée, les autorités valaisannes avaient annoncé la présence d’un nouveau loup, un mâle, dans la région d’Evolène. Des analyses ont aussi permis l’identification d’un individu de la meute d’Augstbord dans le Haut-Valais, tiré le 22 décembre dernier. Il s’agissait d’une jeune louve. Le tir de régulation avait été autorisé le 21 décembre avec l’accord de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Le seuil de 15 animaux de rente tués en quatre mois par un animal de la meute avait été dépassé.

Après la découverte, à fin janvier, de la présence d’une jeune louve, un nouveau tir de régulation contre un jeune individu de cette meute a été décidé. Les géniteurs devront être épargnés. La législation fédérale prévoit que le nombre d’individus abattus ne doit pas dépasser la moitié du nombre des louveteaux nés durant l’année de délivrance de l’autorisation de régulation. Une initiative populaire lancée par le PDC du Haut-Valais a d’ailleurs été déposée à la mi-janvier pour limiter le nombre de grands prédateurs dans le canton. Elle demande une régulation du nombre de loups, de lynx et autres ours, qui trouve aujourd’hui son écho avec la prise de position de la FVSC, laquelle prône «une table ronde avec les politiciens».

«Arrêter d’augmenter la haine et la colère»

Pour le Groupe Loup Suisse au contraire, la politique valaisanne qui repose sur les tirs de régulation n’empêche pas le braconnage. Et ce dernier de réclamer un moratoire. En attendant, il s’agit de mettre la main sur l’auteur du tir mortel de vendredi. D’où la récompense qui devrait échoir à tout témoin apportant des preuves pouvant conduire au braconnier. Le groupe remettra ces éléments aux autorités de poursuite pénale; il n’est pas question de les rendre publiques. Et pour le WWF Valais, interrogé par LNV, «c’est tout le discours assigné au loup qui doit changer. […] Il faut arrêter d’augmenter la haine et la colère.»

Plus de 20 loups tués en près de 20 ans

Depuis 1998 et le retour du loup en Suisse, une vingtaine de bêtes ont été tuées. Près de la moitié l’a été à la suite d’une autorisation de tir, dont au moins sept en Valais et au moins six consécutivement à des accidents, en particulier de la route, selon un décompte de Pro Natura. A l’image de ce dernier cas anniviard, au moins quatre autres canidés ont été abattus illégalement.

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