Revue de presse

Les réactions des médias britanniques

L'«énormité» se confirme pour «Financial Times». Le «Sun» et le «Daily Mail» crient victoire, tandis que le «Guardian» y croit à peine et que «The Independent» se montre très inquiet pour l’avenir et les enfants du Royaume

«51,9% contre 48,1%: les Britanniques ont opté pour le Brexit lors du référendum qui s’est tenu le 23 juin. Un scrutin marqué par un taux de participation importante: 72,2%. Les réactions à la une des journaux vont de la jubilation, pour les tabloïds comme The Sun, à la consternation pour le magazine libéral The Economist», selon Courrier international, qui propose un diaporama

L’Irlande réunie?

En Irlande du Nord, le débat se porte désormais sur une autre question: la réunion des deux parties de l’île, que demande déjà le Sinn Fein, afin de préserver les intérêts du Nord au sein de l’Ue, tel que le rapporte le Belfast Telegraph. «I’m voting Remain for my children’s future», la profession de foi publiée par Allison Morris dans les Irish News, sera restée lettre morte: «Vous devez vous demander ce qu’ils vont faire» de tout ce pouvoir, maintenant que les «indépendantistes» ont gagné et si c’est «vraiment le monde que vous souhaitez que vos enfants vivent»… Ce monde où Boris Jonhson va probablement se retrouver à Downing Street après la démission de David Cameron:

On garde espoir en Ecosse

La presse écossaise, dans cette région du Royaume qui a «perdu», tente de conserver le moral. «Le gouvernement écossais cherchera à négocier avec l’Union européenne, écrit le Scotsman, pour maintenir une relation»… – sous-entendu:… correcte avec Bruxelles. Le Daily Record parle, lui, d'«un choc à la frontière sud» comme pour mieux marquer le fossé grandissant entre les différentes composantes du Royaume. Tandis que dans un commentaire paru hier, le Herald Scotland déplorait il y a quelques heures «l’américanisation de la campagne du Brexit», tissant un parallèle entre les forces politiques des deux «Blond Bombers», Donald Trump et Boris Johnson.

L'«Independent» et la bouteille à l’encre

Le quotidien en ligne The independent est inquiet. «Comment le Brexit pourrait coûter des emplois, réduire les revenus et porter préjudice au niveau de vie de millions d’habitants», explique-t-il dans un commentaire: «Si la monnaie ne se stabilise pas, l’inflation pourrait exploser, ce qui obligera la Banque d’Angleterre à relever les taux d’intérêt et nous poussera vers la récession. Le Brexit représente une menace financière mondiale, […] c’est un séisme politique. Mais qu’est-ce que cela signifie pour notre économie? Qu’est-ce que cela signifie pour la prospérité de la Grande-Bretagne que de quitter l’Union européenne? Pour notre niveau de vie? pour l’avenir de nos enfants?», maintenant que «les vieux ont serré la vis à la jeune génération»:

Des réponses claires sont impossibles, bien sûr. Pourquoi? Parce que beaucoup va dépendre, maintenant de l’habileté et des nerfs de nos décideurs politiques dans les heures à venir, des actions de nos dirigeants politiques dans les mois et les années à venir, des décisions des dirigeants politiques à Bruxelles et du comportement des investisseurs et des innombrables entreprises étrangères» au Royaume-Uni.

«Le jour où le monde a changé», selon le «Daily Mail»

Le Daily Mail, qui tape toujours très fort, avec des titres hurleurs et en capitales, décrète: «Le jour où le monde a changé: la Grande-Bretagne QUITTERA l’UE après que les citoyens ont provoqué un séisme en soutenant le Brexit, déclenchant la panique sur les marchés et sonnant la fin effective du mandat de David Cameron»:

Une «auto-éjection dramatique», dit le «Guardian»

Le Guardian publie déjà une longue analyse, qu’il intitule – incrédule – «Mais comment le Royaume-Uni a-t-il fini par voter en faveur d’une sortie de l’Union européenne?» Pour le quotidien qui a multiplié, ces derniers jours, les articles et les arguments en faveur du «Remain», cette «auto-éjection de la Grande-Bretagne de l’Europe est l’aboutissement de non seulement quatre mois de campagne grisante, mais aussi de quatre décennies d’euroscepticisme latent, qui, dans les bons comme dans les mauvais moments, n’a jamais vraiment cessé:

Le «Royaume-Désuni», pour le «Mirror»

«Aujourd’hui, nous nous sommes réveillés comme un Royaume-Désuni», constate le Daily Mirror, qui a bien vu que sur ce coup-là, l’Angleterre – majoritairement en faveur du Brexit – n’a pas du tout voté comme le Pays de Galles, l’Ecosse et l’Irlande du Nord. Il montre déjà sa future page une:

De la joie et des larmes

«See UE later», titre The Sun, le tabloïd qui s’était converti sur le tard en faveur du Brexit: «Un mouvement massif du peuple s’est manifesté contre les élites de Londres: c’est un résultat extraordinaire qui défie les prédictions de tous les experts.» Il multiplie les photos: d’un côté, ceux qui explosent de joie, de l’autre ceux qui manifestent leur dépit, quelquefois en larmes:

La fin de David Cameron?

«David Cameron est fini», écrit un columnist du Daily Telegraph. Son échec européen sera la trace qu’il laissera dans l’Histoire». D’ailleurs, le sondage mis en ligne par le quotidien est on ne peut plus clair: 63% de ses internautes pensent que oui.

«L’onde de choc va se propager», pour le «FT»

Pour le Financial Times, on a affaire «une révolte populaire qui va envoyer ses ondes de choc dans toute l’Europe», au fur et à mesure que «l’énormité devient plus claire». «Le premier ministre y survivra-t-il?» se demande le quotidien de la City, ulcéré par ce résultat, qui met également en scène… Marine Le Pen:

L'«Economist» tente rassurer (un peu)

«La Grande-Bretagne a donc voté en faveur du Brexit, écrit The Economist. Que va-t-il se passer maintenant? Rien dans l’immédiat», répond l’hebdomadaire. C’est important à la fois «pour les Britanniques qui vivent ici et pour ceux qui vivent ailleurs dans l’Union européenne, tout comme pour les affaires économiques qui se scellent de part et d’autre de la Manche». Car «tout va dépendre des négociations avec Bruxelles, qui pourraient prendre des années». Et le premier objectif de Downing Street, maintenant, ce sera «de calmer les marchés», puisqu’en Asie, «la livre sterling a plongé de 9% contre le dollar et même de 13% contre le yen».

En guise de conclusion…

«Une note de couleur», pour conclure. Alors que Londres apprend la reddition des troupes de la Wehrmacht sur l’île de Guernesey, on lit alors dans l’Observer du 13 mai 1945, cité par le Journal de Genève et Gazette de Lausanne, cinquante ans plus tard: «Nos correspondants décrivent l’arrivée du convoi de soldats et civils britanniques. Le débarquement se fait dans un profond silence ému. Et puis, tout à coup, c’est une houle de vivats et d’applaudissements: le symbole de la libération est là sous la forme du fonctionnaire représentant le gouvernement; oui, solennel, de noir vêtu, il descend coiffé du chapeau melon et tenant d’une main sa mallette, de l’autre le parapluie bien roulé. La foule est en larmes et chante «There’ll always be an England»…»

Ces lignes résonnent étrangement aujourd’hui, 71 ans après.

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