Digitale attitude

La réalité virtuelle va-t-elle sauver le monde?

Au service de diverses causes plus ou moins humanitaires, la VR veut désormais rallier le public, afin de demander des fonds

Le film en réalité virtuelle Clouds Over Sidra réalisé pour l’Unicef en 2015 a fait découvrir la vie de réfugiés syriens installés dans le camp de Zaatari en Jordanie, en suivant le quotidien d’une fillette âgée de 12 ans nommée Sidra. Le spectateur, en visionnant le documentaire sur son smartphone à travers un masque en carton, se trouve téléporté dans son univers, avec un champ de vision à 360 degrés.

Diffusée dans 40 pays et traduite en 15 langues, la vidéo, présentée d’abord au World Economic Forum de Davos puis à la 3e Conférence nationale humanitaire pour venir en aide à la Syrie, a contribué à la récolte de 3,8 milliards de dollars. Dès lors reconnus pour leur pouvoir à susciter l’empathie, les films tournés en réalité virtuelle (virtual reality, VR) sont devenus le vecteur des associations et des activistes pour rallier le public à leurs causes et demander des fonds.

Réchauffement, sans-abri, enfants…

Avec la multiplication des modèles de casques sur le marché, on estime que 170 millions de personnes visionneront une vidéo en immersion en 2018. Et selon une étude de Facebook, 48% d’entre elles sont susceptibles de faire un don dans le cadre d’un sujet humanitaire. A titre d’exemple, Greenpeace diffuse ses documentaires en VR sur le réchauffement climatique. Et le Virtual Reality Project permet de se mettre à la place de sans-abri. Enfin, Smile Train sensibilise le public aux opérations réalisées sur des enfants défigurés.

Bite Back, qui défend les droits des animaux, a aussi invité dans une campagne plutôt brutale le public à s’immerger dans une boucherie pour expérimenter comment une vache, un cochon ou un poulet traversent l’abattoir du premier jour au dernier: «La plupart des gens ont pris peur», rapporte le site de la RTBF.

Zuckerberg, le faux pas

Adopter ce format n’est donc pas une garantie de succès. Mark Zuckerberg l’a appris à ses dépens. Il a été fustigé pour avoir fait la promotion de ses produits dans un court-métrage en se plaçant comme avatar dans un film sur Porto Rico, dévasté par l’ouragan Maria. Selon Rachel Franklin, à la tête de la division «social VR» de Facebook, ils se sont rendus virtuellement à Porto Rico où le géant des réseaux, grâce à la VR, aide des habitants à retrouver une connexion internet.

De fait, pour le sociologue Roman Krznaric, cité dans Fortune, «l’empathie se produit de deux manières: à travers la proximité et l’expérience partagée». Si la réalité virtuelle ne parvient pas à sauver le monde, elle permet au moins de mieux comprendre le point de vue de l’autre.


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