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TEHRAN, IRAN - DECEMBER 30 : People gather to protest over high cost of living in Tehran, Iran on December 30, 2017. Stringer / Anadolu Agency

Editorial

La rébellion populaire

ÉDITORIAL. En Iran, les classes populaires se sentent trahies par des promesses non tenues après l'accord sur le programme nucléaire iranien. Même si elle risque de s'essouffler, la contestation laissera des traces

Leurs slogans disent à peu près tout: «Liberté, indépendance, République iranienne.» Les dizaines de milliers de manifestants qui sont descendus dans la rue en Iran ont pris tout le monde par surprise. A commencer par le régime lui-même.

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Contrairement au Mouvement vert de protestation de 2009, qui avait vu le jour en premier lieu à Téhéran, l'actuelle contestation a débuté dans le lieu saint de Mashad fin décembre, avant de proliférer dans de petites villes de l’Iran profond. Elle ne cherche pas à réformer le régime de l’intérieur. Elle l’attaque de front, sans distinction entre réformateurs et conservateurs. Le guide suprême Ali Khamenei n’est pas épargné par des manifestants qui crient «mort au dictateur» et qui brûlent son effigie. Même le modéré président Hassan Rohani, réélu dans un geste d’ouverture par le peuple iranien en mai dernier, subit de plein fouet les critiques de la rue.

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Leurs griefs sont simples. L’économie iranienne, gangrenée par la corruption et très inégalitaire, ne profite qu’à une caste de privilégiés. L'actuelle vague de protestation est en ce sens très nouvelle. Elle est portée par les classes populaires, qui jadis soutenaient l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad, et une partie de la classe moyenne. A la lumière de l’accord sur le programme nucléaire iranien conclu par Téhéran avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne en juillet 2015, les plus démunis se sentent trahis par le gouvernement d’Hassan Rohani qui leur avait promis un avenir économique meilleur. Par un régime clientéliste qui s’est chargé seul de distribuer les milliards récupérés après la levée des sanctions nucléaires contre Téhéran.

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Non structuré, sans chef de file, le mouvement va sans doute s’essouffler face à l’impressionnant appareil répressif iranien. Mais il révèle un immense malaise social et une perte de confiance dans un régime aux multiples factions concurrentes. Les chants «Mort à l’Amérique» entonnés mercredi par des milliers de manifestants pro-régime ne trompent personne. Aux oreilles des Iraniens qui n’ont pas connu la Révolution de 1979, ils résonnent comme un mythe fondateur éculé. Face à des jeunes fortement touchés par le chômage et en quête d’avenir, le ciment de la Révolution islamique ne semble plus prendre.

Les protestataires clouent par ailleurs au pilori la politique régionale expansionniste de Téhéran. Il est loin le temps où les Iraniens se ralliaient au combat, la fleur au bout du fusil, contre l’Irak de Saddam Hussein. Par patriotisme. Aujourd’hui, le régime se voit contraint de recourir à des mercenaires pour aller combattre en Irak, en Syrie et au Yémen. Les déshérités de l’économie exigent désormais du régime qu’il investisse en Iran et non dans sa politique coûteuse de puissance régionale.

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© Gabioud Simon (gam)