Le PLR relève la tête à l’approche des élections fédérales

Le PLR voit-il le bout du tunnel? Il aborde en tout cas les élections fédérales d’octobre prochain en ballottage favorable, fort de ses quatre victoires de rang dans les élections cantonales de ce printemps (Bâle-Campagne, Lucerne, Zurich et Tessin). Le sursaut du PLR est d’autant plus spectaculaire qu’il est inédit: comme le montre notre indice de la force des partis dans les parlements cantonaux (graphique du haut), ce sursaut intervient après vingt ans de recul continu. La force électorale, en voix, du PLR s’élève désormais à 19,5%, en hausse de 0,5 point de pourcentage par rapport à 2011 (graphique du bas).

Le rebond du PLR est certes récent, mais il s’est manifesté dans des contextes cantonaux variés – catholiques et non catholiques. En Suisse romande, le PLR a subi des pertes importantes au cours des quatre dernières années (Vaud, Genève, Neuchâtel), mais ses excellents résultats lors des élections communales du week-end dernier à Genève sont peut-être annonciateurs d’un renouveau.

Dans le climat d’incertitudes provoqué par l’acceptation de l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse» et l’abandon du taux plancher avec l’euro, les questions économiques deviennent prioritaires, ce dont profite vraisemblablement le PLR. Les récents succès électoraux du PLR cautionnent aussi les choix stratégiques de la direction du parti. En automne dernier, le président de l’UDC, Toni Brunner, a proposé au PLR de procéder à des apparentements systématiques de listes et de faire alliance pour évincer Eveline Widmer-Schlumpf du Conseil fédéral. Le PLR a préféré garder les mains libres et a décliné l’offre.

A droite, on tente maintenant de faire passer les gains PLR au Conseil d’Etat à Zurich et à Bâle-Campagne comme preuve de l’efficacité de la nouvelle stratégie d’alliance. Cependant, dans les deux cas, cette alliance était en fait planifiée depuis longtemps. De plus, de telles alliances sont monnaie courante dans les élections gouvernementales au système majoritaire, en particulier dans les deux cantons précités, où les sièges sont presque toujours attribués dès le premier tour. Le fait que le PLR ait aussi progressé au Tessin et dans les élections communales à Genève, c’est-à-dire dans des contextes où le PLR s’est opposé aux partis national-conservateurs (Lega, UDC, MCG), démontre qu’une stratégie de démarcation peut aussi être bénéfique. Enfin, si l’on en croit les données à disposition, le succès des partis bourgeois aux élections du Conseil d’Etat à Zurich et à Bâle-Campagne n’est pas tellement dû à leur stratégie d’alliance, qui a été peu suivie par les électeurs, mais plutôt au fléchissement de la gauche et à sa désunion.

Les Verts sont les grands perdants des élections cantonales 2011-2015. Le souffle environnemental généré par l’accident nucléaire de Fukushima est retombé et les Verts ont fortement reculé dans quelques grands et moyens cantons (notamment Bâle-Campagne, Genève, Lucerne, Zurich). En ce début 2015, leur force électorale dans les cantons ne dépasse pas 8,7% (–1,3% par rapport à 2011).

Du côté des perdants, on trouve aussi le PBD, le PDC et, plus récemment, les Vert’libéraux. La lente mais constante érosion du PDC s’est poursuivie entre 2011 et 2015 (–0,8%), en particulier sur ses terres catholiques, où de nombreux électeurs et électrices se reconnaissent désormais davantage dans le programme conservateur de l’UDC. En Suisse centrale, l’UDC talonne le PDC (Lucerne, Obwald et Nidwald), voire l’a déjà dépassé (Schwyz). Les pertes du PDC ont été également très lourdes dans les cantons catholiques de Suisse romande (– 4% à Fribourg, – 4,7% en Valais), où ce parti se heurte à la concurrence croissante de la droite (UDC) et de la gauche (PS).

Avec le PLR, l’UDC est le parti qui a le plus progressé au cours des quatre dernières années. Portée par le succès de son initiative «Contre l’immigration de masse», l’UDC a consolidé sa position de premier parti dans les cantons. A six mois des élections fédérales, sa cote est à la hausse.

Pour la première fois, les deux derniers-nés de la politique suisse, les Vert’libéraux et le PBD, figurent aussi parmi les perdants. Présent dans un nombre très limité de cantons, le PBD semble particulièrement vulnérable. Il a été durement touché par sa défaite dans le canton de Berne en 2014 (abandon d’un tiers de sa députation au Grand Conseil). Cette année, le PBD a subi de nouvelles pertes à Bâle-Campagne, à Lucerne et à Zurich. Ainsi, la force électorale du PBD a encore légèrement augmenté entre 2011 et 2013 (+ 0,6%), mais elle a nettement reculé depuis (– 0,9%).

Les Vert’libéraux semblent à leur tour souffrir de vents contraires. Au bénéfice d’une croissance ininterrompue depuis leur création en 2007, ils ont connu leur premier revers lors des élections de ce printemps à Lucerne et, plus encore, à Zurich. Certes, les Vert’libéraux se sont présentés aux élections dans cinq nouveaux cantons au cours des quatre dernières années et leur force électorale a globalement augmenté (+1%, à 4,8%). Cependant, au Tessin et en Suisse romande, ainsi que dans les régions rurales de Suisse alémanique, la combinaison écologie-économie ne semble pas vraiment faire recette, ce qui réduit d’autant le potentiel de croissance de ce parti.

Dans l’euphorie des dernières années, ces deux partis se sont présentés comme le «nouveau centre» et les Vert’libéraux ont même été cités comme possible futur parti gouvernemental. A court terme, l’argument de la nouveauté est certainement un atout en termes de marketing politique. A plus long terme, cependant, leur destin électoral dépendra de leur capacité à consolider leur niche. A défaut, ils seront menacés de disparition, à l’instar de l’Alliance des indépendants dans les années 1990, ou poussés dans les bras d’un plus grand parti.

Enfin, pour le PS, le bilan des élections cantonales est contrasté. D’un côté, après deux législatures défavorables (de 2003 à 2011), le PS est parvenu à se maintenir, et même à renforcer légèrement sa force électorale dans les cantons (+ 0,4% à 18,3%). D’un autre côté, le PS est la victime collatérale du recul de ses partenaires les plus proches, qui augmente le risque de glissement à droite du Conseil fédéral et du parlement.

Pour la première fois, les deux derniers-nés de la politique suisse, les Vert’libéraux et le PBD, figurent parmi les perdants

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