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Il y a de quoi se sentir dépassé par la question climatique. Seule une action collective globale peut aboutir à une baisse sensible des gaz à effet de serre.
© Gaetan Bally/KEYSTONE

Opinion

Réchauffement climatique: comment choisir les bons remèdes

OPINION. La Suisse est en train de réviser sa politique climatique. Début avril, la commission compétente du Conseil national entamera l’examen de la nouvelle loi. Dominique Rochat, d’economiesuisse, pointe du doigt les mauvaises incitations et évoque les bonnes pistes du point de vue des entreprises

Accepteriez-vous de prendre un traitement sans que le médecin fasse un examen sérieux et prenne le temps de trouver la meilleure thérapie? A l’heure où le parlement entame la révision de la politique climatique suisse, un diagnostic s’impose et il montre de sérieux points faibles. Les milieux économiques proposent trois remèdes principaux pour atteindre l’objectif fixé, tout en préservant notre compétitivité. Il s’agit de réduire les émissions à la fois en Suisse et à l’étranger, d’inciter davantage les entreprises à agir et de renoncer à augmenter la taxe sur le CO2.

Il y a de quoi se sentir dépassé par la question climatique. Seule une action collective globale peut aboutir à une baisse sensible des gaz à effet de serre. Et les progrès ne seront pas significatifs sans l’engagement des dix plus grands émetteurs, qui représentent plus de 70% des émissions. Dans ce contexte, l’Accord de Paris représente une vraie avancée. Presque tous les pays se sont engagés à fixer un objectif et à rendre compte de leurs progrès. Cela paraît peu, mais c’est déjà beaucoup.

Différence de «rendement climatique»

La Suisse veut se placer en tête du peloton international. D’ici à 2030, elle s’engage à diviser par deux ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Pratiquement aucun autre pays ne place la barre aussi haut. C’est d’autant plus ambitieux qu’elle part d’une situation favorable. Nous sommes l’un des Etats qui émettent le moins de gaz à effet de serre par franc de richesse produite. Quant aux émissions par habitant, elles baissent et se situent au-dessous de la moyenne mondiale. Pour donner un ordre de grandeur, un citoyen de l’UE émet en moyenne 8 tonnes de gaz à effet de serre par an, un Américain 20 tonnes et un Suisse moins de 6 tonnes. Ces dernières années, les émissions des bâtiments et de l’industrie ont nettement diminué, alors que celles des transports ont un peu augmenté.

Nous sommes l’un des Etats qui émettent le moins de gaz à effet de serre par franc de richesse produite

Ces évolutions positives ne doivent pourtant pas masquer les faiblesses de l’actuelle loi sur le CO2. Elle vise en particulier une baisse des émissions en Suisse seulement. L’intention peut paraître bonne, mais elle est en réalité contre-productive du point de vue climatique. La Suisse est dans la situation d’un montagnard: plus il prend de l’altitude et plus cela lui demande d’efforts. En clair: il devient de plus en plus coûteux de diminuer les émissions dans le pays. Ainsi, le Conseil fédéral indique qu’il faut débourser 152 francs en moyenne pour éliminer une tonne de CO2 dans un bâtiment suisse et 100 francs au moins pour d’autres projets.

Dans l’Union européenne, le prix de la tonne de CO2 oscille aux alentours de 10 euros et elle atteint entre 5 et 35 francs pour des projets dans d’autres pays. Cette différence de «rendement climatique» plaide pour agir en Suisse et à l’étranger, ce qui permettrait d’atteindre le but visé, voire plus, à un coût raisonnable. L’Accord de Paris le prévoit et le Conseil fédéral le propose, mais trop timidement et à des conditions trop rigides. Une flexibilité maximale en la matière aiderait la Suisse à concrétiser ses ambitions.

Mauvaises incitations pour les entreprises

Pour les entreprises, le problème est ailleurs. De mauvaises incitations empêchent de concrétiser les potentiels de réduction existants. Seulement un millier d’entre elles ont pu prendre un engagement de réduction des émissions et se libérer ainsi de la taxe sur le CO2. Ce mécanisme donne d’excellents résultats, puisqu’elles ont déjà atteint les buts fixés par la Confédération pour 2020. Mais pourquoi réserver ce dispositif aux grands émetteurs? Toutes les entreprises qui le souhaitent doivent pouvoir en bénéficier.

C’est un moyen puissant d’inciter les PME à faire le pas, car c’est là qu’il y a des gisements intéressants de baisse des émissions. En revanche, il faut renoncer à une hausse de la taxe sur le CO2. Elle est déjà la plus chère du monde et l’augmenter en solitaire ne ferait que renchérir les coûts de production, surtout pour l’industrie, sans diminuer significativement les émissions.

Comment la Suisse peut-elle apporter une contribution pertinente à la résolution d’un problème global? Cette question doit être au centre de la révision en cours de la loi sur le CO2. Pour ce faire, il s’agit de privilégier des mesures qui incitent à agir là où les potentiels de réduction sont les plus élevés, tout en préservant la compétitivité des entreprises et le porte-monnaie des citoyens. En matière climatique, des remèdes efficaces donneront de meilleurs résultats qu’une autoflagellation.

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