Opinion

Réchauffement climatique, frilosité politique

OPINION. Face au changement climatique, notre mauvaise conscience nous rend de plus en plus cynique, de plus en plus mauvais. Nous voulons agir, mais comment? interroge le philosophe Martin Morend

Notre inquiétude pour la question du climat et de l’environnement grandit de jour en jour. Elle tend même à devenir de l’angoisse devant la pollution généralisée de notre eau, de notre terre et de nos corps. Tout dans la nature se corrompt par la faute de notre activité et de notre mode de vie. Telle est la chanson que l’on s’est habitué à entendre sans pour autant réussir à changer quoi que ce soit.

Or l’angoisse ira s’approfondissant si nous n’avons pas le courage collectif d’être à la fois audacieux et radicaux dans nos décisions politiques. Notre écartèlement entre notre goût du confort et la question environnementale nous fait souffrir chaque jour davantage. Notre mauvaise conscience nous rend de plus en plus cyniques et agressifs, en somme, de plus en plus mauvais. Nous voulons agir, mais comment? Nous voulons des «mesures», mais lesquelles?

L’adaptation n’est plus possible

Dans ce contexte tendu, il est fort probable que la plupart des partis libéraux tenteront d’user de certains cosmétiques afin de se mettre en règle avec la névrose du jour. Ils chercheront à accommoder notre insoutenable désir de tranquillité et de permanence avec notre âme tourmentée par l’écologie. Ils nous serviront des solutions qui n’en seront guère, des leurres voués à perpétuer notre «niveau de vie», fût-ce même dans le mensonge.

Et nous, nous serons séduits, nous aurons l’impression de faire quelque chose de significatif. Avec quelques taxes, nous pensons bien nous en sortir; à croire que tout problème se règle en payant (bien triste prémisse de notre modernité). Mais méfiez-vous! Dans certains journaux, on chante déjà le refrain: «Après tout, nous ne sommes pas de mauvais élèves!»

Devant l’urgence climatique et sociale, il faut qu’une nouvelle espèce de politiciens prenne le pouvoir

Comment agir? «Mais en comptant sur nos élus!» Je crains malheureusement que l’atavisme de la majorité de nos parlementaires ne puisse résoudre ce genre de problème qui dépasse leur cadre de pensée. Après tout, leur ADN est toujours tressé à partir des mêmes idées: croissance, économie, emploi, prospérité. Comment, dans ces circonstances, pourrait-on attendre quelque chose de nouveau, d’efficace et de radical? Autant demander à un prêtre de renier Dieu (cela est peut-être possible, mais cela demanderait un temps que nous n’avons plus).

Aussi, je le crains, devant l’urgence climatique et sociale, il faut qu’une nouvelle espèce de politiciens prenne le pouvoir; une nouvelle espèce qui ressent dans sa chair l’angoisse et l’urgence, qui est volontaire, audacieuse, qui en a assez de notre culture du compromis pusillanime et qui se donne les moyens de ses difficiles idéaux. C’est-à-dire presque tout le contraire de ce que l’on connaît aujourd’hui. L’adaptation n’est plus possible, il faut «remplacer», et, en cela, imiter la nature elle-même.

Le danger de l’inertie

Notre plus grand danger, c’est aujourd’hui notre confort et notre inertie, notre tempérance et notre prudence. Les vertus d’antan doivent être remplacées; une nouvelle Suisse doit se dessiner, pleine d’audace et de destin. Parviendra-t-on à changer ou bien donnerons-nous raison aux philosophes pessimistes selon lesquels l’humanité ne pourra qu’apprendre dans la souffrance, qu’elle est destinée à se détruire elle-même?

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