«L’avenir s’annonce sombre pour le climat», lit-on un peu partout depuis jeudi, comme sur le site de RTL France. Les climatologues et météorologues réunis à Montréal à l’invitation de l’OMM pour la Conférence scientifique publique mondiale sur la météorologie 2014 (WWOSC2014) sur le thème «La météo: quel avenir?» s’attendent à «un temps apocalyptique pour les prochaines décennies». Les calamités à venir ont été annoncées par LeTemps.ch ce jeudi.

En résumé, «dix ans après l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, qui visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre, la question du réchauffement climatique ne se pose plus». Jennifer Vanos, de l’Université Texas Tech (Atmospheric Science Group, Department of Geoscience), notamment, déclare que «c’est irréversible» et aggravé par le fait que «la population mondiale continue d’augmenter». Il faut donc «que l’on s’adapte», conclut-elle.

Un paradoxe

«L’été a été pourri?» Attendez seulement. Il y aura «bien pire dans les prochaines années», prévoit Europe 1. Tout en précisant qu’il faut vivre avec un paradoxe: il fera «de plus en plus chaud» et… «de plus en plus froid». Oui, «les épisodes de grand froid, tel le vortex polaire qui s’est abattu cet hiver sur une grande partie de l’Amérique du Nord, seront plus marqués, plus extrêmes, tout comme les vagues de chaleur et les périodes de sécheresse». Nous voilà prévenus.

Mais que faut-il en penser? La Chaîne Météo française tente de remettre les choses en contexte – et, du coup, de les relativiser. Il faut savoir en effet que «le thème principal de ce congrès consistait à parler de l’amélioration des prévisions météo à court et long terme, dans un contexte où le besoin d’anticipation est de plus en plus pressant. Les domaines de l’énergie, de l’agriculture, des transports, du tourisme ou encore des assurances sont particulièrement dépendants des aléas climatiques.»

Une fourchette incertaine

Dans ce contexte-là – et seulement dans celui-ci, les météorologues ont donc «étudié les résultats des modèles numériques dont la puissance est désormais décuplée, permettant, par exemple, de gagner un jour de prévision fiable tous les dix ans. Ces modèles ont été utilisés par les différents laboratoires de recherche qui ont participé à l’élaboration des derniers scénarios communiqués par le GIEC (IPCC) au printemps dernier» à Yokohama. «Pour rappel, ces scénarios climatiques basés sur différentes estimations des émissions de gaz à effet de serre (en particulier le CO2) envisagent une élévation de la température planétaire comprise entre + 0,3 °C et + 4,8° d’ici à 2100, ce qui montre une fourchette encore très incertaine.»

En parallèle aux conclusions alarmistes qui viennent d’être tirées à Montréal, il ne faut donc pas oublier que «le changement climatique fait couler beaucoup d’encre» et que tous les spécialistes ne sont pas forcément d’accord avec le 5e rapport du GIEC, selon lequel «les activités humaines seraient responsables à 95% du réchauffement climatique contemporain et de l’accentuation des phénomènes météorologiques extrêmes». Il semblerait donc que l’objectif de base de cette conférence ait quelque peu «dérivé». Car «s’il est nécessaire d’informer le public afin de protéger les populations, il convient de rester exhaustif et prudent face à une évolution climatique dont on sait peu de chose en définitive».

Le camp des sceptiques

Finalement, les certitudes sont peu nombreuses. On sait néanmoins deux choses: «le réchauffement sera plus marqué sur les continents que sur les océans» et «le cycle de l’eau sera plus intense». Mais «de nouvelles recherches sur le climat tendraient à minorer le rôle de l’homme dans le réchauffement de la planète», lit-on sur le site Contrepoints, qui relaie un article très complexe de la revue Nature. A prendre donc avec des pincettes, d’autant qu’il est signé par Jacques Henry, climatosceptique réputé.

Selon lui, «voilà enfin avancée une preuve irréfutable que c’est bien le Soleil qui commande les fluctuations climatiques que connaît la Terre, et non l’activité humaine. Il était temps que des universitaires démontent le mythe du réchauffement climatique anthropogénique inspiré par les pseudo-scientifiques irresponsables» du GIEC. Il jubile de croire que ces informations risquent «de faire grand bruit» parce qu’elles remettent «en cause les théories extravagantes clamées à grands coups de Prix Nobel (Al Gore et l’IPCC) et de déclarations tonitruantes des ONG du genre Greenpeace et autres WWF ou Sierra Club pour répandre la peur planétaire d’un hypothétique réchauffement climatique».

Martin Beniston étonné

Le bien connu et bien plus mesuré Martin Beniston, lui, climatologue interrogé pour un article de la version imprimée de la Tribune de Genève, se dit «guère étonné par les conclusions du congrès de Montréal. «Sur le fond, elles ne font que corroborer ce que l’on sait depuis longtemps.» Toutefois, le scientifique se dit étonné du ton alarmiste adopté. «Mais peut-être faut-il y voir une volonté de remettre les questions climatiques au centre de l’actualité», conclut-il.»

Enfin, signalons tout de même au passage l’existence du blog Climat-Sceptique, également très critique sur les prévisions apocalyptiques et l’avidité des médias pour ce genre de nouvelles. «Les températures battent chaque année des records, les glaces fondent partout, la hausse du niveau des mers s’accélère, les événements extrêmes se multiplient, les peuples premiers sont menacés, les espèces vont disparaître en masse… tout cela par la faute de l’homme, de l’émission des gaz à effet de serre, du réchauffement climatique global qui en résulte. Ce grand récit vous est familier? Oubliez-le», y lit-on.

«La météo du futur ne mentira pas»

Et revenons à nos moutons, les thèmes qui ont véritablement été discutés ces jours-ci au Québec. Primo, nous dit le Journal de Montréal – ça commence mal… «La météo du futur ne mentira pas.» Car «les spécialistes travaillent à ce que les prévisions météorologiques soient de plus en plus précises et le public de mieux en mieux informé du temps qu’il va faire». De quoi faire rire ceux qui ont lu les prévisions de cet été 2014 en Suisse. A qui l’on répondra que même si elles étaient assez imprécises et très variables, on ne peut guère en vouloir aux météorologues de ne pas se sentir responsables des conditions climatiques variables d’une année à l’autre.

Non seulement à cause du boudeur anticyclone des Açores, mais aussi – nous y revoilà – «à cause de la tendance mondiale au réchauffement climatique». On n’en sort pas.

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