Une fois de plus, les habitants de La Paz, siège du gouvernement de la Bolivie, n’ont plus accès à l’eau courante et les réserves n’ont jamais été aussi basses. Le président andin Evo Morales Ayma a déclaré l’état d’urgence la semaine dernière.

Attribuant cette crise au changement climatique, il annonçait à cette occasion que le «pire était encore à venir». Pour les habitants de La Paz les mesures de rationnements sont drastiques: trois heures d’eau courante à basse pression tous les trois jours, selon les quartiers.

La métropole que forme la ville de La Paz et sa ville attenante El Alto constituent une véritable bombe à retardement. La population ne cesse de croître alors que les sources d’approvisionnement, elles, diminuent inexorablement. Cela fait plus de vingt ans que les données de cette équation sont connues et que les scientifiques activent la sonnette d’alarme.

Disparition des glaciers

Premièrement, la Bolivie n’est pas seulement l’un des pays d’Amérique du Sud les plus pauvres, mais aussi l’un des plus vulnérables face aux changements climatiques. Les scientifiques mesurent en effet que la saison des pluies commence toujours plus tardivement, prolongeant ainsi la saison sèche et aggravant le déficit en précipitations. En outre, les glaciers des Andes fondent à un rythme alarmant. Une récente étude indique qu’ils ont perdu 43% de leur masse au cours des quarante dernières années et que beaucoup auront totalement disparu d’ici vingt ans.

Deuxièmement, El Alto, la ville attenante à La Paz, connaît une croissance démographique sans précédent. Cette métropole est passée du statut de petite bourgade périphérique de quelques milliers d’habitants dans les années 1970 à celui de centre économique de l’Altiplano, avec plus d’un million d’habitants. Cette augmentation s’accompagne aussi d’une explosion de la consommation en eau des secteurs miniers et agricoles.

Pas de volonté politique

Finalement, ce qui est pointé du doigt par la presse bolivienne concerne aussi et surtout la gestion défaillante des structures de distribution d’eau ainsi que les trop faibles investissements réalisés pour garantir l’approvisionnement de la ville. Impossible de connaître les montants investis dans les infrastructures hydriques, tant les chiffres annoncés par les différents ministres et leaders politiques varient.

Force est de constater qu’un véritable consensus impliquant une volonté politique forte a fait cruellement défaut. On estime que 40% de l’eau acheminée par l’agence publique est clandestinement détournée ou perdue avant d’arriver à destination.

C’est un avant-goût de futures pénuries

La Bolivie a déjà connu bien des «crises de l’eau», pourtant, la crise actuelle est d’une ampleur sans précédent et n’est probablement qu’un avant-goût de futures pénuries. Face à ces enjeux, les autorités politiques n’ont pas d’autres choix que de prendre acte des analyses de la communauté scientifique. Dans les Andes, les effets du réchauffement climatique s’accélèrent et les projections démographiques indiquent que la population urbaine poursuivra sa croissance.

Il est donc urgent de réaménager l’approvisionnement et la distribution en eau. L’injustice du réchauffement global est un fait, mais se contenter de la dénoncer lors de discours ou conférences internationales ne rapportera pas l’eau courante aux familles boliviennes. En fin de compte, la résilience des villes face au changement climatique dépend au moins autant de l’ampleur des pénuries qu’il engendre que de l’adéquation des politiques mises en œuvre pour y répondre.


Raoul Kaenzig est chercheur à l’Université de Neuchâtel. Il a publié plusieurs études sur l’Amérique latine et les impacts humains des changements climatiques.

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