Editorial

A la recherche de compromis utiles

Les partis doivent réaliser leur autocritique à mi-législature des Chambres fédérales. L’urgence des réformes à mener devrait les conduire à rechercher l’équilibre des sacrifices

A mi-législature, le bilan politique du parlement fédéral est décevant. Deux des trois grandes réformes nécessaires – voire urgente en ce qui concerne la prévoyance vieillesse – ont échoué. Le débat d’idées sur les relations avec l’Union européenne, principal partenaire économique de la Suisse, semble au point mort. Aucun parti gouvernemental n’ose s’y engager frontalement. La hausse des coûts de la santé – et des primes maladie – se heurte à un lourd blocage politique.

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Malgré leur victoire en 2015, l’UDC et le PLR ne parviennent pas à imprimer leur patte sur la politique fédérale. On s’est gargarisé du Rechtsrutsch, ce terme imprononçable en français qui signifie «virage à droite». Mais, espéré ou craint, ce dernier se résume en fait à un léger coup de volant. L’UDC, qui dispose désormais de presque un siège sur trois dans la Chambre du peuple, reste pourtant désespérément murée dans son rôle d’opposition. A la question de savoir si le premier parti de suisse n’allait pas se montrer plus conciliant d’ici à 2019, son stratège, Christoph Blocher, a résumé sa posture en une phrase: «Si les autres font ce que nous voulons, nous n’aurons pas besoin d’être agressifs.» Belle leçon de démocratie!

Dans ces circonstances, le Conseil des Etats, resté au centre gauche, s’enorgueillit de son rôle de contrepoids. Au risque de se montrer inutilement arc-bouté – ce fut le cas sur la réforme des retraites.

La précédente législature a elle aussi connu ses déroutes: le Conseil fédéral et le parlement avaient perdu sur les réseaux de soins, la politique familiale, la hausse du prix de la vignette, l’achat du Gripen, et bien sûr sur «l’immigration de masse» le 9 février 2014. Cela dit, hormis en ce qui concerne ce dernier scrutin, majeur, les conséquences de ces échecs sont restées limitées. La législature en cours est différente: tant la politique européenne que la réforme des assurances sociales et de la fiscalité exigent des résultats tangibles et rapides.

La Suisse est-elle devenue un pays impossible à réformer? Ce serait noircir par trop le tableau. La stabilité de la démocratie helvétique reste un avantage énorme. Mais elle amène avec elle sa dose d’immobilisme. Le Conseil fédéral, bien qu’il ait intégré un deuxième UDC en son sein depuis les élections de 2015, n’a pas changé fondamentalement de ligne politique. Il reste relativement harmonieux mais peu audacieux. Par ses derniers louvoiements, Ignazio Cassis, bientôt intégré au collège, se mue en facteur d’incertitude supplémentaire.

Or la faiblesse du Conseil fédéral n’est plus compensée par un parlement capable de construire des consensus solides et avantageux. Pourtant, en Suisse, la recherche de compromis utiles – se traduisant par un équilibre des sacrifices pour chaque parti – reste la seule manière de sortir de l’ornière.

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