L'exercice d'équilibrisme financier auquel se livre Kaspar Villiger depuis le début de l'année est riche en enseignements. Il montre d'une part qu'il y a du gras dans les dépenses de la Confédération et que certaines coupes sont possibles. Elles ne le sont toutefois que lorsqu'il existe une authentique pression financière, et cette condition est aujourd'hui remplie. L'obligation de réduire le train de vie de l'Etat est en effet dictée par la chute dramatique des recettes fiscales. Comme il est vraisemblable que certaines de ces ressources ne retrouveront pas leur niveau d'antan avant longtemps, il est nécessaire de contenir les dépenses.

Cet exercice montre cependant aussi que l'on ne peut pas, comme le suggère l'UDC qui tente de s'ériger en pope de l'orthodoxie financière, tailler à la hache dans le budget d'un Etat sans se préoccuper des conséquences spécifiques à chaque économie. L'UDC exige que l'on présente sans tarder un deuxième programme d'économies? Qu'elle contribue déjà à faire aboutir le premier, ce qui sera déjà un grand exploit. Les nombreuses réactions négatives publiées mercredi indiquent que les pressions seront très fortes sur le parlement. Celui-ci n'aura pas la tâche facile car, si le calendrier est respecté, les deux Chambres devraient se prononcer sur le programme d'allégement budgétaire à quelques semaines des élections!

Outre ces pressions, auxquelles les députés fédéraux auront de la peine à rester insensibles, une réflexion de fond s'impose sur le contenu du programme présenté par Kaspar Villiger. Celui-ci allie des mesures de nature différente. Certaines «économies» ne sont en fait que des corrections d'objectifs financiers qui n'impliquent aucune réduction de prestation. D'autres sont d'authentiques économies, avec, à la clé, l'abandon de certaines tâches, comme les prêts fédéraux d'aide au logement ou encore la cure d'amaigrissement imposée à la promotion des énergies renouvelables.

Ce qui paraît surtout problématique, c'est que le Conseil fédéral envisage aussi de sacrifier des investissements essentiels pour l'avenir du pays, comme la recherche et la formation. Tout le monde a admis que ce secteur avait été négligé durant la décennie précédente et qu'un rattrapage était justifié. C'est bien le cas. Le parlement en a conscience, lui qui, dans le cadre du crédit quadriennal, privilégie une croissance de 5%, ce qui paraît tout à fait adéquat. S'il est un domaine où le plan d'économies de Kaspar Villiger fait fausse route, c'est bien celui-là. Et tant pis si l'UDC n'est pas contente.

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