Opinion 

La recherche suisse, championne des subsides européens

Voici dix ans que le Conseil européen attribue des subsides. Un anniversaire que la Suisse a de bonnes raisons de célébrer puisqu’elle en est le principal bénéficiaire, écrivent les vice-recteurs des Universités de Lausanne, Fribourg, Neuchâtel et Genève

Les subsides du Conseil européen de la recherche, les ERC Grants, fêtent leurs dix ans en mars. Cet anniversaire est célébré dans de nombreux pays, y compris en Suisse, où l’on a de bonnes raisons d’être de la fête. Les chercheuses et chercheurs de notre pays ont le meilleur taux de succès dans l’obtention de ces passeports d’excellence européens de réputation mondiale. Cet anniversaire est aussi l’occasion de souligner tous les bénéfices que la Suisse tire de son intégration à l’Europe de la recherche.

A ce jour, les quatre universités romandes (Fribourg, Genève, Lausanne et Neuchâtel) et l’EPFL ont obtenu plus de 210 bourses ERC. Ce sont autant de projets innovants qui offrent la garantie de pouvoir attirer des collaboratrices et collaborateurs du plus haut niveau et de constituer une équipe de recherche performante en toute autonomie. Les requérants peuvent tirer un grand profit de leur participation à cette compétition, grâce à un retour critique très pointu d’un panel d’experts internationaux. Même en cas de réponse négative, ce retour permet d’améliorer le projet en vue d’une nouvelle soumission ou de le réorienter vers une autre institution de financement de la recherche.

La Suisse largement en tête

La Suisse dans son ensemble est très bien placée dans la course à ces subventions. Elle figure en cinquième position des pays bénéficiaires après le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Et lorsque le classement prend en compte la population, notre pays arrive largement en tête.

Nous ne pouvons que nous en féliciter. Les chercheuses et chercheurs, les institutions et le pays tout entier en tirent un grand prestige sur la scène scientifique internationale. L’excellence attirant l’excellence, ces bourses permettent de recruter des scientifiques de talent et de renom dont les travaux stimulent la créativité et l’innovation. C’est un immense bénéfice pour l’activité économique et, dès lors, pour le développement social du pays.

Il est donc primordial que la Suisse continue à participer activement au programme de recherche du Conseil européen de la recherche. Si elle devait en être exclue – comme ce fut le cas de manière transitoire en 2014 à la suite du oui à l’initiative «contre l’immigration de masse» – elle se verrait infliger une double peine: manque d’attractivité dans le recrutement des personnes les plus qualifiées à l’international et risque de fuite de ses meilleurs éléments privés de l’accès à ce prestigieux programme.

L’excellence pour seul critère

Depuis janvier 2017, la Suisse est redevenue partie prenante à part entière du programme-cadre de recherche européen Horizon 2020. Ce programme, qui couvre la période 2014-2020, encourage la recherche dans des domaines très variés. Ses fonds vont aussi bien aux politiques de sécurité qu’à l’environnement, en passant par la protection des citoyens, la compétitivité des entreprises, la santé ou l’agriculture, pour n’en citer que quelques-uns.

L’un des volets d’Horizon 2020 est consacré à «l’excellence dans la science». C’est dans ce cadre que s’inscrivent les ERC Grants – créés en 2007, lors du précédent programme-cadre – qui visent à encourager la recherche de haut niveau. Ces subventions sont destinées aux chercheuses et chercheurs possédant au moins deux ans d’expérience depuis l’obtention de leur doctorat. Les postulantes et postulants peuvent être de toute nationalité et travailler dans n’importe quelle discipline, des sciences de la vie aux sciences humaines et sociales, en passant par l’ingénierie et l’économie. La seule condition est d’être soutenu par un institut de recherche public ou privé situé dans un Etat membre de l’Union européenne ou d’un pays associé comme la Suisse, au sein duquel la recherche sera menée. Il est également possible de changer d’établissement en cours de route, tout en restant bien évidemment en Europe. Les subsides sont accordés avec pour seuls critères d’évaluation l’excellence et l’originalité du projet de recherche.

Taux d’acceptation de 10%

Les montants attribués s’élèvent en moyenne à plus de 2 millions de francs sur cinq ans. Les bénéficiaires consacrent une grande partie de cette somme à engager du personnel qui réalise son doctorat dans ce cadre ou trouve de premiers débouchés post-doctoraux ouvrant la voie à une carrière académique, éventuellement à couvrir leur propre salaire, le reste étant dévolu à l’achat de matériel et aux frais de participations à des congrès. Il existe plusieurs catégories de bourses ERC – de démarrage, de consolidation et avancées – correspondant aux différentes étapes d’une carrière scientifique, dès deux ans après le doctorat jusque et au-delà de l’âge de la retraite!

Les succès helvétiques sont d’autant plus impressionnants que la compétition est sévère: si l’on considère les sept premières années où des subsides ERC ont été accordés (2007-2014), le taux de succès, tous pays confondus, a été de seulement 10% (quelque 4500 subsides sur environ 45 000 postulations). Les passeports d’excellence attribués par le Conseil européen de la recherche représentent une véritable opportunité pour les scientifiques et une grande chance pour la Suisse.

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