La chronique

Génocide arménien

1915-2015: les Arméniens commémorent cette année le centenaire des massacres perpétrés sur leur population par le parti des «Jeunes Turcs» alors au pouvoir dans l’Empire ottoman. Bien que les parlements de 21 nations et l’UE elle-même aient reconnu comme tel le génocide arménien, cela reste un sujet qui fâche.

Sur la question de savoir s’il s’agit bien d’un génocide, il faut écouter les historiens qui ont eu accès aux archives et aux témoignages. La majorité d’entre eux ainsi que des spécialistes de la Shoah comme le Prix Nobel de la paix Elie Wiesel attestent de sa réalité. Tous dénoncent le négationnisme turc et rappellent que la vérité historique n’appartient pas au monde politique. De leur côté, la plupart des historiens turcs minimisent le nombre des morts, parlent de tueries spontanées, nient toute intention et toute préméditation.

Pour rappel, il y aurait eu de 600 000 à 1,5 million d’Arméniens tués, hommes, femmes et enfants, soit entre la moitié et les deux tiers de leur population. Pour ajouter à ces atrocités, notons qu’à la même époque, entre 500 000 et 750 000 Assyriens et près de 500 000 Grecs pontiques ont été massacrés par les Turcs. Cela finit par faire beaucoup trop de morts pour n’avoir pas été planifié, ce d’autant qu’il ne s’agit que de communautés chrétiennes.

Dimanche dernier, le pape a osé le mot de génocide, déclenchant l’ire de la Turquie. Ce mercredi, ce sont les parlementaires européens qui ont invité Ankara à regarder son histoire en face. Mais cela ne fait ni chaud ni froid au président Erdogan qui a prévenu: «Quelle que soit la décision qu’ils pourraient prendre, cela m’entrera par une oreille et sortira par l’autre.» On ne peut être plus arrogant. Pourquoi s’en priverait-il puisque les grandes nations évitent de froisser l’ami turc en quoi que ce soit, même sur une question historique? Les Etats-Unis ne reconnaissent pas le génocide, l’Allemagne non plus, ni le Royaume-Uni. Que pèse alors la décision du Parlement européen?

Et la Suisse dans tout cela? Elle a très indirectement une responsabilité morale dans la question arménienne. En effet, c’est à Lausanne que fut signé en 1923 un traité qui acceptait comme faits de guerre le massacre des Arméniens, l’exécution des Assyriens et la déportation des Kurdes, permettant ainsi le négationnisme actuel de la Turquie. Aujourd’hui, Berne se montre très timide. Le refus récent par Didier Burkhalter d’un mémorial arménien dans la Genève internationale se conçoit dès lors que la Turquie a fait savoir son mécontentement. Mais n’est-ce pas faire fi du rôle de Genève pour la paix et la réconciliation? Nous espérons donc que notre gouvernement enverra une délégation officielle à Erevan ce 24 avril, pour assister aux côtés de la France, de la Russie, de Chypre et de la Serbie, aux commémorations du génocide arménien. Cela ne peut en rien faire tort à la Genève internationale, n’est-ce pas?

mh.miauton@bluewin.ch

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