Non, ce n’est pas la dernière lubie à la mode de bobos urbains déconnectés des réalités. La réduction de la pollution lumineuse, ce gaspillage inutile et néfaste, s’impose comme un des nouveaux impératifs de vie du XXIe siècle. Un âge où le progrès rimera davantage avec «moins» – moins de consommation de CO2, moins d’ingestion de viande, moins de lumière… – qu’avec la débauche énergivore qui caractérisait le XXe siècle.

La pollution lumineuse a plus que doublé en 20 ans

Signe que le problème a été négligé, on manque encore d’études précises sur les effets de la pollution lumineuse. On sait qu’ils sont néfastes, en premier lieu pour les insectes et tous les animaux nocturnes. Mais peut-être aussi pour les humains qui, en troublant la noirceur de leurs nuits, ont perdu de leur capacité à rêver, à se ressourcer, à s’abstraire du rythme infernal d’une société active 24 heures sur 24. Avec la périurbanisation, la Suisse a vu sa pollution lumineuse plus que doubler depuis les années 1990, et la surface d’obscurité nocturne baisser de 28% du territoire en 1994 à 18% en 2009, selon l’Office fédéral de l’environnement.

La bonne nouvelle est que, contrairement au réchauffement climatique, la pollution lumineuse est facile à combattre. Il suffit d’éclairer moins, ou plus intelligemment. En Suisse, des communes comme Yverdon, avec son éclairage public qui ne s’allume que lorsqu’il y a du mouvement, ou le Val-de-Ruz (NE), qui pratique l’extinction nocturne, ont montré la voie. L’inauguration prochaine d’un parc nocturne certifié dans la région du Gantrisch, entre Fribourg et Berne, s’inscrit dans la même dynamique.

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Un gaspillage de l'argent public

Des technologies comme les éclairages LED, les senseurs et l’intelligence artificielle rendent simple et pratique la lutte contre la pollution lumineuse. Elles permettent d’économiser, sur la durée, de l’argent public qui n’est plus grillé à illuminer en pure perte des rues désertes.

Des obstacles demeurent cependant. Dans les têtes d’abord: comment convaincre une population parfois attachée à de vieux schémas que moins de lumière nocturne ne rime pas avec moins de sécurité?

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Si elles sont correctement expliquées, les mesures contre la pollution lumineuse s’avèrent populaires. L’autre obstacle, politique, est sans doute plus redoutable. Pour l’instant, les initiatives marquantes pour reconquérir l’obscurité viennent presque toutes des communes. Berne vient à peine d’édicter des normes qui obligeront les CFF, La Poste ou l’armée à éclairer moins. On est encore loin de règles contraignantes qui obligeraient les privés – du propriétaire de chalet au centre commercial – à ne plus inonder le monde de lumières inutiles. Dans ce domaine aussi, obtenir des résultats demandera un engagement de longue haleine.