On ne peut que saluer l'accord intervenu entre le conseil d'administration de Swissmetal et les représentants du personnel. Car cette grève risquait de ruiner une entreprise et devenir l'emblème d'une tension sociale destructrice. Cette même spirale pourrait entraîner, dans les jours qui viennent, La Poste.

Si, à Reconvilier, la grève est partie de la base et a dépassé les représentants du personnel, elle aura témoigné d'une grande frustration d'ouvriers désécurisés par les nouvelles règles du management. A La Poste, la frustration syndicale est, pour l'heure, avant tout politique. Le Syndicat de la communication a été à deux doigts d'une victoire sur l'initiative dite des petits bureaux. Au soir de la votation, il pensait obtenir un répit dans la restructuration de La Poste. C'était un leurre politique.

Depuis plus de dix ans, La Poste est entrée dans une logique de concurrence commerciale et technologique dont l'importance a été largement sous-estimée. L'entreprise a non seulement perdu des pans entiers de son monopole régalien (colis, exprès), mais elle est de moins en moins compétitive face à ses concurrents allemands ou français, et très en retard face aux géants néerlandais ou américains. Sans une rapide adaptation de ses structures et un abaissement de ses coûts, La Poste va dans le mur. C'est dit brutalement, mais en économie les faits sont têtus. Concrètement, cela signifie que les salaires de l'ex-régie, à prestations égales, ne peuvent pas être très différents de ceux de la concurrence. Pour les syndicats, une telle logique est inacceptable et indéfendable devant des milliers d'employés désécurisés par l'ampleur des réformes en cours.

Le conflit, de nature certes différent de celui qui s'apaise à Reconvilier, pourrait rapidement dégénérer si les syndicats ne parviennent pas à se convaincre qu'il est de leur intérêt de négocier la transformation d'une entreprise, en la dotant de moyens qui la mettent en position de se développer. Pratiquement, ils conservent, même avec des entités séparées juridiquement, la possibilité de négocier de nouvelles conventions collectives par métier, en ralliant les salariés des entreprises concurrentes, à l'exemple de ce qui se passe dans l'ensemble de l'économie. Pour les syndicats, déclarer d'emblée que l'externalisation de certaines activités revient à accepter des baisses de salaires révélerait leur propre impuissance et inutilité. La Poste et son propriétaire la Confédération sont elles placées devant un devoir économique et moral. Economique: refuser le statu quo qui serait suicidaire. Moral: prendre en compte les peurs et frustrations d'employés qui doutent de la sincérité et de la finalité des réformes.

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