Incidences

Le recul des pays libres

OPINION. Les pays qui se reconnaissent dans l’ordre international fondé sur la liberté ont de la peine à s’affirmer. Dans le même temps, les pays autoritaires progressent. Un mouvement qui inquiète notre chroniqueur François Nordmann

L’instabilité et l’insécurité continuent à être la marque de la vie mondiale. Les pays qui se reconnaissent dans l’ordre international fondé sur la liberté, soit principalement les pays industriels qui pratiquent la démocratie, ont de la peine à s’affirmer alors même qu’ils sont menacés de ce fait. Les pays autoritaires, qui restreignent l’exercice des libertés fondamentales et qui sont partisans de modèles économiques dirigistes, progressent dans le monde.

La Chine et, dans une moindre mesure, la Russie montent en puissance. Paradoxalement, le principal contestataire de l’ordre international créé par les Etats-Unis après la guerre siège aujourd’hui… à la Maison-Blanche. De nombreux dirigeants d’Europe orientale l’ont précédé au pouvoir et des partis politiques reflétant les tendances anti-libérales, nationalistes et populistes existent dans la plupart des pays d’Europe occidentale.

Inquiétante érosion

Aujourd’hui, comme le relevait récemment Tony Blair, on peut aller de la Baltique à la mer Egée sans traverser de pays démocratique. Le rapport que vient de publier la Conférence de sécurité de Munich, faisant écho aux récents travaux d’autres think tanks, considère que la transition vers un ordre international «post-occidental» a déjà commencé, comme l’a déclaré l’an dernier M. Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères. Les autocrates profitent du retrait des Etats-Unis, personne n’est en mesure de s’avancer pour prendre leur place et les idées démocratiques subissent une inquiétante érosion.

Sur cette toile de fond, les grands pays européens offrent le spectacle de leurs divisions internes, qui affaiblissent l’Union européenne au pire moment. Le Royaume-Uni est en proie à un nouveau débat sur le Brexit, alimenté par l’apparente indécision de Mme Theresa May, la première ministre, qui laisse son cabinet s’entre-déchirer et fera connaître sa position sur l’avenir des relations commerciales avec l’Union européenne dans trois semaines seulement. Or le temps presse. L’Union européenne a intérêt à une solution harmonieuse. Inversement, si la relation entre Londres et Bruxelles reste conflictuelle, c’est l’Europe tout entière qui en sera affaiblie. L’incertitude imprègne déjà tout le domaine transatlantique.

Programme ambitieux, mais fragile

Toutefois, il convient de relever que, dans le secteur de la défense, les Etats membres ont enregistré des progrès significatifs en matière d’intégration et de mise en commun des ressources.

Des projets de réforme pour renforcer le fonctionnement de l’UE et notamment la gouvernance de la zone euro ont été formulés dans un climat que l’amélioration stable de l’économie rendait favorable. Mais la réalisation de cet ambitieux programme dépend d’une coopération renouvelée entre la France et l’Allemagne. Dans ce dernier pays, le gouvernement n’est pas encore constitué. L’accord de coalition entre les partis qui entendent le former contient un engagement fort mais assez général en faveur de la construction européenne. Mais il est contesté par une partie des militants socialistes, qui doivent l’adopter en votation interne.

D’autre part, la base démocrate chrétienne et l’aile bavaroise en particulier reprochent à Mme Merkel, la chancelière fédérale, d’avoir fait trop de concessions à ses partenaires socialistes en leur cédant le Ministère des finances. Ils y voient le signe qu’elle a perdu la main. Autrement dit, il n’est pas sûr que le pilier allemand sur lequel s’appuie l’Union européenne soit aussi solide qu’auparavant.

La crise des migrants continue à diviser les pays européens. La Pologne et la Hongrie en sont venues à une confrontation ouverte avec les institutions de Bruxelles. Les principes fondamentaux de l’Union européenne tels l’état de droit et la liberté d’expression sont remis en cause.

Aux frontières du nord et de l’est de l’Union, la pression militaire s’accentue. Le problème ukrainien est loin d’être réglé. La France, insuffisamment aidée par ses alliés européens, poursuit au Sahel la guerre contre le terrorisme. Au Moyen-Orient, plusieurs fronts sont ouverts et la Turquie, l’Iran et la Russie renforcent leur emprise.


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