Sus à la pollution atmosphérique

Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, je suis avec tous ceux qui sont touchés par le cancer – les personnes qui sont aux prises avec la maladie, leurs familles et leurs amis. Au cours des dernières années, j’ai été personnellement confronté au cancer quand il a frappé des membres de ma famille proche et certains de mes meilleurs amis. Le cancer est une terrible maladie qui cause des millions de décès dans le monde chaque année.

Nous pouvons faire plus en matière de prévention. Notamment en redoublant d’efforts pour réduire la pollution de l’air que nous respirons. En 2013, l’Agence internationale de recherche sur le cancer a classé la pollution atmosphérique comme cancérigène. En 2010, 223 000 décès par cancer du poumon dans le monde étaient attribuables à la pollution atmosphérique. La pollution atmosphérique est l’une des principales causes environnementales de décès par cancer. Cela est très inquiétant.

Au-delà du cancer, des recherches récentes ont montré que la pollution atmosphérique est désormais le principal risque environnemental pour la santé au ­niveau mondial. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), quelque 7 millions de personnes sont mortes prématurément dans le monde pour cause d’exposition à la pollution atmosphérique en 2012. Cela représente 600 000 décès en Europe. La pollution atmosphérique fait ainsi plus de victimes que le paludisme, la tuberculose et le sida réunis! La majorité de ces décès survient dans les pays en développement. Les pays du Pacifique occidental et d’Asie du Sud-Est portent le plus lourd fardeau, avec respectivement 2,8 et 2,3 millions de décès. Selon l’OMS, le Pakistan, l’Afghanistan, le Bangladesh, la Mongolie, l’Inde, le Népal et la Chine connaissent les taux les plus élevés d’exposition aux particules fines – un composant majeur de la pollution de l’air.

Les principales sources de pollution atmosphérique sont bien connues: les centrales électriques et les installations industrielles émettent du dioxyde de soufre et des métaux lourds; la circulation routière est une source d’oxydes d’azote; les émissions d’ammoniac provenant de l’agriculture contribuent à la formation de particules fines. Les poêles à bois, s’ils ne sont pas équipés de filtres appropriés, sont également une source importante de particules fines et d’autres polluants.

Je me souviens parfaitement du débat sur la pollution de l’air dans les années 70 et 80, concentré sur les dégâts causés par les «pluies acides». Réalisant que la pollution atmosphérique ne s’arrête pas aux frontières nationales, mais peut affecter des communautés situées à des milliers de kilomètres, les pays d’Europe et d’Amérique du Nord décidèrent de coopérer pour résoudre ce problème. En 1979, 32 pays signèrent ainsi la Convention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance sous les auspices de la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU). Cette convention fut le premier traité international juridiquement contraignant dans le monde à imposer des limites concernant les émissions de polluants atmosphériques. Au cours des trente dernières années, le nombre des Parties a atteint 51 et le nombre de substances couvertes par la Convention et ses protocoles a été progressivement étendu, notamment à l’ozone troposphérique, aux polluants organiques persistants, aux métaux lourds et aux particules fines.

Le résultat de cet effort collectif a été spectaculaire: les émissions d’une série de substances nocives ont été réduites de 40 à 70% depuis 1990 en Europe. En Amérique du Nord, des réductions de 30 à 40% ont été enregistrées. L’air que nous respirons aujourd’hui en Europe et en Amérique du Nord est beaucoup plus propre qu’il ne l’était il y a trente ans.

Mais nous devons faire encore plus. La réduction de la pollution atmosphérique doit devenir une priorité de santé publique. C’est pourquoi la qualité de l’air sera l’un des deux thèmes de la Conférence ministérielle «Un environnement pour l’Europe» qui réunira 56 pays d’Amérique du Nord et d’Europe en 2016. Si les gouvernements renouvellent leur engagement ferme à mettre en œuvre les objectifs juridiquement contraignants de réduction des émissions et fixent de nouveaux objectifs, ils enverront un message fort au monde entier et aideront à sauver des dizaines de milliers de vies. La lutte contre la pollution atmosphérique est également une priorité mondiale, de l’Asie à l’Amérique latine, comme en témoignent les négociations des objectifs de développement durable dans le cadre de l’ONU.

Pour répondre à ce défi, les pays du monde entier devront prendre des mesures drastiques et parfois impopulaires, afin de réduire sensiblement les émissions de polluants. Cela nécessitera la participation active de toutes les industries ainsi qu’un changement de comportement de la part de chacun d’entre nous. Mais nous avons déjà prouvé que nous pouvons obtenir un air plus propre si nous travaillons ensemble.

Sous-secrétaire général des Nations unies et secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Europe

Pour répondre à ce défi, les pays du monde entier devront prendre des mesures drastiques et parfois impopulaires

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