Le référendum grec: farce ou démocratie?

L’annonce du premier ministre Alexis Tsipras de soumettre au peuple un hypothétique accord avec ses créanciers provoque un débat vif

Charles Wyplosz: «Les Européens reconnaîtront-ils leurs torts dans la tragédie grecque?»

«A écouter les dirigeants européens, la Grèce est une cause perdue. Les gouvernements grecs qui se sont succédé avant la crise ont creusé des déficits public abysmaux. Ils ont tripatouillé les chiffres, d’abord pour être admis dans la zone euro, puis pour cacher leurs méfaits. Comme un pays en développement, la Grèce ne peut qu’exporter ses richesses naturelles (le soleil et la mer bleue, les antiquités héritées de leur lointain passé, les olives qui poussent toutes seules). Ils ont laissé exploser leurs salaires et fait enfler une admistration pléthorique qui casse toute véléité entrepreneuriale. Ils partent à la retraite dans la primeur de l’âge et reçoivent alors des treizième et quatorzième mois. L’osmose entre politiques et patrons relève de l’inceste. Le paiement des impôts est essentiellement facultatif. La crise qui a éclaté en 2010 est amplement méritée. Ils ont alors appelé au secours les autres pays membres de la zone euro, qui ont répondu avec générosité. Mais ils n’ont pas respecté les conditions de cette aide. Pourtant, ces conditions étaient fondamentalement dans leur intérêt bien compris: il s’agissait de réduire le déficit budgétaire, de rétablir la compétivité, d’assainir un système de retraites en faillite, bref, de construire une économie digne de l’appartenance à la zone euro. Et maintenant, le gouvernement de gauchistes irresponsables qu’ils ont élu en janvier dernier se permet de donner des leçons aux bienfaiteurs.

Il y a un fond de vérité dans ce tableau déprimant. Mais une lecture radicalement différente peut aussi être proposée...» Lire la suite

Jean-Marie Colombani: «Tsipras l’imposteur»

«Alexis Tsipras et son parti Syriza ont montré leur vrai visage: celui d’un groupe de rupture, antisystème, anticapitaliste, et pour finir anti-européen, dont le modèle, s’il existe, doit être recherché du côté du Venezuela de feu Hugo Chavez. Un national-populisme avec comme moteur en lieu et place de la dénonciation du diable américain, une intense propagande anti-allemande faisant de la seule Angela Merkel la responsable de tous les maux de la Grèce. On comprend mieux désormais pourquoi, en quête d’un allié au lendemain des élections législatives qui l’ont porté au pouvoir, alors que des petits partis pro-européens étaient disponibles, Alexis Tsipras avait choisi «les Grecs indépendants», c’est-à-dire un mouvement authentiquement d’extrême-droite, antisémite et anti-européen....» Lire la suite

Pascal Mbongo: «Un objet juridique non-identifié»

« Le premier ministre grec a annoncé dans la nuit du 26 juin qu’un référendum se tiendrait en Grèce le 5 juillet prochain sur les propositions faites à la Grèce par ses créanciers le 25 juin, mais qui n’étaient déjà plus valides le 26 juin. Et,au terme des négociations intervenues le 27 juin entre la Grèce et ses créanciers, l’Eurogroupe a annoncé qu’il ne renouvellerait pas son plan d’aide à la Grèce au-delà du 30 juin parce qu’à ses yeux cette perspective référendaire s’analyse comme une rupture unilatérale des négociations.

Loin de vouloir trancher le débat entre les créanciers de la Grèce et leurs partisans d’une part, Syriza et ses partisans d’autre part, nous voudrions seulement dire pourquoi l’organisation d’un référendum en une semaine à peine nous semble théoriquement impossible dans le respect des standards démocratiques...» Lire la suite

Louis de Saussure: «Quand l’Europe donne dans le pathos»

«Le comportement et les paroles de M. Juncker sont-ils représentatifs de l’état d’esprit des responsables européens actuels? Récemment, une image surprenante le montrait tapotant la joue d’un chef d’Etat. Bien sûr, ce n’était pas la reine d’Angleterre, ni Angela Merkel, mais Alexis Tsipras. Avait-il bu? Mais non: il semble bien que M. Juncker était animé d’une empathie véritable. Par exemple, il déclarait le 12 juin sur France Culture: «Je me sens très proche des Grecs qui souffrent.» Réagissant lundi 29 à l’annonce du référendum, il sermonnait, répétant son amour pour les Grecs: «Il ne faut pas se suicider parce qu’on a peur de la mort.»

De telles manifestations d’amour pour son prochain, puis cette métaphore du suicide et de la mort, enfin son impression d’avoir été trahi, tout cela place le discours de M. Juncker du côté de l’émotion, des images parlantes, des rapports sentimentaux, des jeux d’allégeance et de loyauté entre des personnes de pouvoir. C’est assez piquant alors que ce même discours porte une accusation d’irrationalité contre le gouvernement grec. En filigrane, on lit que Tsipras agirait sous l’emprise d’une passion populiste et démagogue...» Lire la suite

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.