Edito

La refondation ambiguë d’Emmanuel Macron

Au lieu de gloser sur les blocages français, le ministre iconoclaste doit assumer ses responsabilités politiques. Et oser sortir du flou artistique qui entoure son projet pour la France

Vu de Suisse, la France aurait tout à gagner à voir Emmanuel Macron se présenter aux élections présidentielles de mai 2017. Dynamique, populaire, conscient des exigences de l’économie mondialisée, ouvert aux propositions de la société civile et lucide sur la stérilité de l’affrontement permanent droite-gauche dans l’Hexagone, le jeune ministre français de l’économie peut ouvrir une brèche positive, et créer un appel d’air pour la jeunesse.

Lire aussi: En marche, Macron ne rompt pas les amarres

Le premier meeting de son mouvement «En marche» organisé mardi soir à Paris, est donc en ce sens porteur d’espoir. Il prouve que «l’effet Macron» n’est pas que le résultat de l’engouement médiatique pour cet énarque télégénique féru de numérique, et doué d’un vrai sens de l’écoute. Il montre que le sillon creusé par les 50000 premiers «marcheurs» peut être le ferment d’une offre politique alternative dans l’Hexagone, autour de cette volonté de «refondation» assénée sans relâche.

D’où vient, alors, ce malaise lorsqu’Emmanuel Macron a achevé, mardi, son long discours de plus d’une heure trente devant trois mille sympathisants qui rêvent de le voir se présenter à l’Elysée?

Lire également: Emmanuel Macron, un discours fleuve et (presque) rien d'autre...

Trop de flou

La réponse tient en un mot: l’ambiguïté. A presque tous les étages de sa réflexion, et plus encore dans son comportement au sein du gouvernement, le très social-libéral ministre français de l’économie entretient le flou. Flou sur sa candidature, lorsqu’il promet «de porter son mouvement vers la victoire en 2017», sans pour autant entrer sur le ring présidentiel. Flou sur sa capacité à prendre des risques, puisqu’il persiste encore, au moment d’écrire ces lignes, à rester ministre d’un président auquel il dit «tout devoir», mais dont ses propos démontrent qu’il le croit plus capable d’incarner l’avenir.

Flou, enfin, sur sa trajectoire, tant il est facile de se dire «au-dessus des partis», de refuser le clivage «gauche-droite» tout en se disant de gauche, et de dénoncer le «système» lorsque l’on ne s’est encore jamais frotté aux électeurs et aux dures réalités d’une campagne électorale, dans un pays façonné par l’implacable logique majoritaire de la Vème République.

La «refondation» prônée par Emmanuel Macron est ambiguë parce qu’elle consiste surtout, pour l’heure, en une compilation des blocages Français. Or l’analyse, même lucide, ne fait pas le refondateur. L’ambiguïté vient aussi du fait que jamais le ministre n’a pas évoqué mardi la dureté des changements requis pour remettre sur les rails l’économie hexagonale. Il est juste, par exemple, d’estimer que la France de 2016 a surtout besoin de liberté, et que la gauche Française s’est beaucoup trop enferrée dans la défense de l’égalité. Mais il faut mettre des faits en face des mots. Flexibilité. Fiscalité. Responsabilité. Réforme. En bref, le «professeur» Macron doit maintenant se comporter en responsable politique. Et donner un mode d’emploi pour lui et ses idées.

Publicité