Edito

La réforme que Trump ne peut pas se permettre de rater

L’instauration d’un nouveau système fiscal, qui taxerait les entreprises à 15%, risque de rencontrer le même type d’opposition que celui qui a fait échouer l’abrogation de l’Obamacare

La réforme fiscale américaine, présentée mercredi soir, est cruciale pour Donald Trump. En abaissant le taux d’imposition des entreprises de 35% à 15%, le président concrétiserait l’une de ses plus emblématiques promesses électorales. L’ancien homme d’affaires satisferait tant les milieux économiques que les marchés financiers, qui ont progressé de près de 20% depuis novembre, justement dans l’anticipation que la fiscalité serait allégée. Un mois après avoir échoué à abroger l’Obamacare, Trump a besoin d’une victoire symbolique pour marquer ses 100 jours de présidence. Enfin, avec ce qui serait la plus importante baisse d’impôt de l’histoire américaine, il resterait dans les annales pour une raison positive.

Mais pour cela, l’occupant de la Maison Blanche devra surmonter plusieurs obstacles d’envergure. Le premier est un désaccord d’ordre philosophico-financier. Le système fiscal envisagé priverait les finances publiques de 2200 milliards de dollars de revenus sur dix ans, selon le think tank The Tax Foundation. Pour compenser ce coût abyssal, Donald Trump compte sur la croissance. Il vise plus de 3% par an à brève échéance.

Mais sa vision d’un cercle vertueux – en payant moins d’impôts, les entreprises dégageraient davantage de bénéfices et donc de recettes fiscales – ne convainc pas certains représentants de son parti. Les républicains les plus attachés à l’orthodoxie budgétaire craignent une explosion du déficit public.

Leur opposition est d’autant plus prévisible que la taxe sur les importations, qui compenserait les baisses d’impôts sur les bénéfices, ne fera probablement pas partie du package. L’avenir de cette «border tax», qui aurait frappé les produits chinois ou mexicains jusqu’à 40%, semble compromis depuis que le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a déclaré qu’elle ne fonctionnait pas dans sa forme actuelle.

Une deuxième difficulté est liée au calendrier de la réforme. Le président a besoin de la concrétiser cette année, ou au moins de convaincre les investisseurs que ce sera le cas. Or l’administration fédérale se met en congé en août, le dossier doit donc être bouclé d’ici-là. En trois petits mois. Troisième obstacle, le système fiscal du futur devra faire revenir les milliers de milliards de dollars parqués hors des Etats-Unis par les multinationales américaines. Ce qui implique qu’elles aient confiance dans la durabilité de la réforme, et donc que celle-ci soit autofinancée.

Le président Trump risque donc une répétition du mécanisme à l’origine de son échec sur l’Obamacare. C’est-à-dire de se heurter à l’opposition de membres de son propre camp, prêts à torpiller une réforme qu’ils voudraient soit plus tranchée, soit plus équilibrée, ce qui n’arrange rien.

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