La politique d’asile est un bon indicateur pour évaluer le courage d’un pays et sa disposition à défendre des idéaux de liberté et de droits humains face à la barbarie. Le Conseil fédéral a indiqué la semaine dernière où nous en étions sur cette échelle: à 0. En effet, si notre gouvernement a accepté d’offrir l’asile à 230 personnes de Kaboul en organisant une évacuation délicate sur le terrain, il faut préciser que, sur le plan de l’accueil à moyen terme, ce chiffre sera déduit des contingents déjà décidés auparavant. Autrement dit, cette décision implique que 230 autres réfugiés, qui auraient dû arriver dans notre pays par l’intermédiaire d’un partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, ne seront pas accueillis. Un tour de passe-passe pour faire une annonce sans s’engager au-delà de ce qui était déjà prévu.

J’ai lu quelque part qu’à demander un peu mieux que 0, les associations verseraient dans l’émotionnel. Peut-être. C’est vrai qu’il est difficile de rester de marbre face à la prise de pouvoir des talibans, surtout pour nous professionnels de l’asile qui savons pertinemment de quoi ils ont été, ils sont, et ils seront capables en termes de violations de droits humains, de tortures et d’assassinats. Ceci dit, je ne sais pas si c’est par émotion ou par intérêt, mais les voix qui ont appelé à ne pas «répéter les erreurs de 2015» ont oublié certains faits – et d’abord, que ces «erreurs» ont sauvé des milliers de vies.