Les images sont fortes. Plus de 4000 Ukrainiens sont arrivés en Suisse. Ils sont accueillis à bras ouverts que ce soit dans les centres d'asile fédéraux ou dans des familles. Beaucoup d’autres sont attendus ces prochains jours: cantons et associations s'affairent pour créer de nouveaux lieux d’hébergement.

L’esprit de solidarité est gigantesque. Tant sur le plan individuel qu’institutionnel. Souvent mise à mal ces dernières années, la tradition d’accueil des Suisses se concrétise à nouveau. Elle est même glorifiée.

Mais méfions-nous de l'effet d'emballement et de la surenchère contre-productive qui peuvent engendrer des conséquences inattendues et catastrophiques.

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Apprendre des autres crises

Pour éviter ces pièges, la crise du covid est riche en enseignement, comme le démontre le dossier que nous consacrons au «monde d'après». Tout d’abord: l’importance cruciale de se coordonner entre la Confédération, les cantons, les communes et le monde associatif. Ces mêmes acteurs sont d’ailleurs en première ligne dans l’accueil des réfugiés ukrainiens. Ils doivent être parfaitement informés et se parler. L’enthousiasme ne suffit pas pour éviter la cacophonie.

Toutes ces familles si généreuses qui sont en train de réaménager leurs chez-soi ne doivent pas non plus se surestimer. Les Ukrainiens qui ont fui leur pays sont bouleversés. Ils ont vécu la guerre et sont emplis d’inquiétudes sur le sort de leurs proches. Il faut donc aussi s’adresser aux professionnels de l’accueil des réfugiés, notamment pour gérer les traumatismes et la peur de l’avenir. La scolarisation des enfants doit elle aussi être largement coordonnée.

Autre point commun entre ces deux crises: la gestion de l’incertitude. Le développement de la pandémie était totalement imprévisible. Comme pour la guerre en Ukraine. Personne ne sait combien de temps elle durera, ni combien de réfugiés arriveront en Suisse. La Confédération et les cantons font des projections, mais elles demeurent aléatoires. La clé c’est donc la souplesse et l’agilité.

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Soif de solidarité

Si les Suisses sont si généreux aujourd’hui, c’est aussi une conséquence de la crise du covid. Ils ont pris conscience qu’ils n’étaient pas, eux non plus, à l’abri d’une catastrophe. Par ailleurs, ces citoyens ont aussi été fortement frustrés car ils se sentaient inutiles face à la pandémie. D’où, pour beaucoup aujourd’hui, une soif de solidarité.

Les crises feront partie intégrante de ce nouveau monde. Elles joueront un rôle d’accélérateur dans les rapports de force, les relations sociales ou la politique d'asile.

Concrètement, l’activation très rapide du statut S est un signal fort de cette nouvelle solidarité. Mais elle n’est pas suffisante. Cette crise doit nous interroger en profondeur sur l’accueil des autres réfugiés qui fuient des guerres plus éloignées et sur la place de la Suisse en Europe et dans le monde. Eux aussi méritent une véritable protection.

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