Charivari

Réfugiés = profiteurs: pourquoi cette équation est toujours bidon

OPINION. Sur une affiche à Genève, un indélicat a inscrit ce rapprochement, qui est bête en plus d’être méchant. Notre chroniqueuse s’indigne et s’interroge

Je suis atterrée par la méchanceté. Mais plus encore, je suis atterrée par la bêtise. Or, lundi soir, à Genève, en empruntant le boulevard James-Fazy près de la gare Cornavin, j’ai été doublement atterrée. Sur une affiche qui présente EXIL, l’exposition de photos que consacre le Musée international de la Croix-Rouge à l’histoire des migrations forcées, un(e) indélicat(e) avait écrit au stylo-feutre: «réfugiés = profiteurs»:

Déjà, je me demande si cette personne a un cœur. Aujourd’hui, à travers les infos, il est difficile d’ignorer les souffrances qu’endurent les migrants avant d’être contraints à fuir leur pays. Que ce soit la guerre ou les conditions de vie plus que précaires, ces exilés sont soumis à des violences qui menacent leur simple existence. Leur exil tient donc de la survie et le profit semble largement étranger à leur urgence.

Où est le cerveau?

Surtout, cette personne a-t-elle un cerveau? Lorsqu’on lit que 15 000 personnes sont mortes en Méditerranée depuis 2014 en tentant de rallier l’Europe, comment, décemment, parler d’intérêts dans cette opération plus que risquée? Fuir l’Afrique ou le Proche-Orient par la mer ressemble plus à un piège béant qu’à un placement gagnant et quand les migrants bravent la noyade par milliers, je doute qu’ils pensent à extorquer l’argent des braves gens…

On le sait, mais le répète-t-on assez? Dans un passé proche, la Suisse a été une terre d’émigration. De 1876 à 1953, un Office fédéral de l’émigration a même veillé à ce que les Suisses démunis qui tentaient leur chance en Amérique du Nord et du Sud soient protégés. Est-ce que ces concitoyens, qui n’étaient pas menacés dans leur intégrité physique chez nous, mais aspiraient à une vie meilleure ailleurs, ont été traités de profiteurs?

Le cauchemar de la mer sur le Salève

Ces temps, je fais un cauchemar récurrent. Je suis sur le sommet du Salève et je regarde la mer, ce qui est une aberration géographique dont les rêves s’accommodent sans ciller. C’est beau, mais subitement, le ciel se charge, les flots enflent et d’immenses vagues emportent le Salève qui s’écroule sur Genève, transformant la ville en bouillie. Le chaos est total. On est en vie, mais on a tout perdu. Je me réveille toujours à ce moment-là et je me demande, le cœur battant: vers qui se tournerait-on si nos villes, notre pays s’effondraient? Quelle serait notre terre d’accueil? Qui seraient nos bienfaiteurs, nos alliés? Quitter son foyer n’est jamais un choix, c’est toujours une fatalité. Associer réfugiés et profiteurs est une infâme stupidité qui couvre de honte son auteur.


Chronique précédente:

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