La misère est aussi une arme politique. D’un cynisme assumé. C’est le seul message que l’opinion publique retiendra du 1er Forum mondial sur les réfugiés, sous l’égide de l’ONU, à Genève. Un forum dont la Suisse est coorganisatrice avec le Pakistan. L’intervention du président turc, Recep Tayyip Erdogan, fustigeant «les méthodes honteuses des Européens» et de leurs fils de fer barbelés autour du continent, en a constitué la consécration à l’échelle de la diplomatie mondiale.

Certes, le chantage du président turc pour faire taire les critiques européennes sur son opération militaire en Syrie ou obtenir le prix fort en milliards d’euros de la part des Européens n’est pas une découverte. Ce qui est nouveau, c’est la supériorité morale sur les démocraties occidentales et le label humanitaire qu’en espère le régime autoritaire turc, en pleine dérive autocratique. La référence à l’Empire ottoman, qui a ouvert ses portes aux réfugiés juifs fuyant l’Inquisition, est éloquente quant à cette tentative d’inscrire la Turquie dans la lignée des grandes nations d’accueil.