Opinion

Refusons de sauter dans le vide! Non à la loi sur l’énergie

Pour le secrétaire général de l’UDC Vaud, Kevin Grangier, la nouvelle loi sur l’énergie coûterait cher et mettrait notre approvisionnement en danger

Le 21 mai, les Suissesses et les Suisses devront raisonnablement rejeter la loi sur l’énergie qui est soumise à leur verdict et refuser du même coup le grand saut dans l’inconnu qu’elle représente. Petit retour en arrière pour comprendre comment nous en sommes arrivés là.

Le 12 mars 2011, le monde s’est réveillé groggy par le séisme qui a touché la ville japonaise de Fukushima la veille et qui a causé d’importants rejets radioactifs de la centrale nucléaire à proximité. Immédiatement, en Suisse et dans le monde, des voix se sont élevées pour exiger l’abandon de l’énergie nucléaire en raison de sa dangerosité. Quelques mois plus tard, le Conseil fédéral a décidé d’abandonner l’exploitation de nos quatre centrales nucléaires et de présenter une stratégie permettant de compenser la production ainsi perdue. Le vote du 21 mai prochain est donc le premier volet de l’application de ce principe. D’autres volets suivront.

La loi soumise au peuple propose de remplacer le nucléaire abandonné par des éoliennes, de l’énergie solaire et par des importations (notamment du nucléaire étranger). Actuellement, le nucléaire représente 38% de la production électrique suisse et les énergies climatiques 6%. Ces sources d’énergie sont – comme leur nom l’indique – soumises aux rigueurs du climat et ne peuvent donc garantir une production d’électricité stable, continue et sûre. Pour pallier cette incertitude, seule une augmentation de nos importations – et donc de notre dépendance à l’énergie nucléaire d’Etats étrangers – se propose à nous.

Dépendance face à l’étranger

Pire, pour compenser l’énergie perdue par l’abandon des centrales, il faudrait construire et exploiter plusieurs centaines d’éoliennes. Actuellement, la Suisse en compte près de 40. Or, pour compenser intégralement l’arrêt de la centrale nucléaire de Mühleberg, l’exploitation de 700 éoliennes serait nécessaire. C’est comme si l’on implantait sept turbines chaque kilomètre le long de l’autoroute entre Genève et Montreux. C’est d’autant plus inimaginable que nous ne parlons ici que de l’équivalent d’une seule des quatre centrales nucléaires actives en Suisse.

Si le principe d’abandonner notre dépendance à l’énergie nucléaire est louable et qu’il bénéficie probablement d’un avis majoritaire en Suisse, il apparaît malheureusement que la réalisation de ce souhait se heurte à un vrai manque d’alternative. Les énergies renouvelables et propres ne peuvent pas (encore) compenser l’apport de la production nucléaire. Un oui à la loi sur l’énergie ouvrirait donc le champ à une incertitude sur notre approvisionnement énergétique. Ce n’est bon ni pour les ménages, ni pour les entreprises suisses.

Pour compenser l’incertitude créée par l’abandon du nucléaire, il faudra importer de l’électricité étrangère… notamment de l’énergie nucléaire française. La Suisse augmentera donc sa dépendance énergétique face à l’étranger, ce qui est stratégiquement inapproprié à l’heure où tous les fronts politiques internationaux se durcissent.

La situation empirera rapidement

Les Suissesses et les Suisses s’exposent donc à deux désagréments majeurs en approuvant cette loi. Le premier désagrément se fera sentir dans le porte-monnaie. Sans aucune prestation supplémentaire, le prix de l’énergie va augmenter de manière significative, soit plusieurs centaines de francs supplémentaires par an au minimum. Le deuxième désagrément concerne l’instabilité de l’approvisionnement. Actuellement, l’approvisionnement est garanti tous les jours de l’année selon les besoins des consommateurs.

En cas de oui à la loi sur l’énergie, ça ne sera plus le cas. Alors que les coupures de courant sont devenues un phénomène rare, elles ne pourront être évitées si l’approvisionnement est incertain. Une coupure de courant de quelques minutes est sans gravité, une coupure de courant de quelques heures génère des accidents mortels, des blocages monstrueux et des pertes économiques considérables. Si le problème persiste, la situation empirera rapidement.

La volonté affichée par les promoteurs de la loi sur l’énergie est louable mais ne vaut pas la prise de risque qu’ils désirent nous imposer. Ce grand saut dans l’inconnu doit être évité à tout prix. Ce n’est pas seulement un enjeu énergétique, c’est aussi un enjeu économique, sécuritaire, stratégique et diplomatique. N’affaiblissons pas la Suisse et les Suisses. Le 21 mai, votons toutes et tous non à la loi sur l’énergie tout en affirmant notre volonté de diminuer notre dépendance à l’énergie nucléaire sans la précipiter inutilement.

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