Charivari

Regarder «Bambi» comme punition

OPINION. Un braconnier a été condamné à visionner le classique de Disney, chaque mois, pendant une année. Une sanction plus maligne qu’elle n’y paraît, estime notre chroniqueuse, saisie par l’esprit de Noël

L’info est belle comme un conte de Noël. Dans l’Etat du Missouri, un braconnier a été condamné à regarder Bambi une fois par mois durant la prochaine année. Oui, oui, assure 20 minutes, David Barry, qui a nuitamment et durant trois ans tué illégalement plusieurs centaines de cerfs pour faire de leurs têtes des trophées, va passer une année en prison. Mais ce n’est pas tout. Comme sanction, le juge a imposé à l’indélicat de visionner le classique de Disney en tout cas douze fois. Première projection, le 23 décembre prochain, à la veille de Noël, comme il se doit…

D’abord, on sourit et l’on se dit que la justice aurait pu imaginer châtiment plus puissant. D’autant que le braconnier s’emparait des précieuses têtes et laissait les corps pourrir en forêt. Et puis, on réalise que le juge est un very smart guy. Car, qui, sur cette planète, peut regarder Bambi sans verser une larme au moment où, dans la neige immaculée, la mère du célèbre faon est tuée? Qui parvient à résister à cette exécution claquant dans l’air alors que le petit est encore démuni? Personne, n’est-ce pas? Il est là le génie de Disney: tabler sur l’amour premier pour émouvoir le monde entier.

Bon, d’accord. David Barry s’en prenait uniquement aux cerfs, donc aux mâles. Lesquels, dans le film, se livrent un combat de coqs à la fin, dans la plus pure tradition des disputes machistes de succession et de terrain. Mais quand même. Ce juge est drôlement malin. Car, avec leurs personnages attachants et leurs situations emblématiques, les films de Disney sont de sacrés façonneurs de mentalité et de destin.

Un exemple? Je suis prête à parier que Pocahontas a joué un rôle dans le choix de ma fille de suivre des études d’anthropologie. La séquence de L’air du vent où la belle Amérindienne enseigne au capitaine Smith la lecture de la nature versus le savoir rationnel, maître en Occident, est un moment si juste en matière de décentrement qu’il a très bien pu susciter ce goût de l’ailleurs chez ma fille alors enfant.

Mon film à moi? Mary Poppins, évidemment. Je l’ai vu à 8 ans et je garde pour ce rayon de soleil un amour éternel. Pas que je sois nanny dans l’âme, ça se saurait si j’étais une fée du foyer. Mais ce personnage m’a légué sa joie de vivre et son énergie jamais altérée. En plus, on partage les mêmes initiales, alors… Et vous, quel est votre Disney clé? Quel est le film vu enfant qui a laissé sa trace dans votre tempérament? On a tous quelque chose en nous de Disney et, chaque année, Noël sonne ce rappel poignant. Joyeuses Fêtes à vous et à votre enfant du dedans!

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