Avant de se projeter dans un second tour de tous les dangers, déterminant pour l’avenir de la France et de l’Europe, prenons le temps de constater la fin d’une époque. Au premier tour de la présidentielle française de 2017, le Parti socialiste pensait avoir touché le fond avec le score de Benoît Hamon (6,36%), jugé catastrophique. Cette année, il faut additionner les résultats d’Anne Hidalgo et de Valérie Pécresse pour atteindre ce chiffre! Les deux partis qui ont régné sur la politique française pendant des décennies sont désormais relégués au niveau des candidatures de témoignage, voire à celui des originaux venus chercher leur quart d’heure de célébrité.

En passant sous les 5%, ces partis mettent en danger leur santé financière, les frais de campagne n'étant dès lors pas remboursés par l’Etat. Ce lundi, Valérie Pécresse en a été réduite à lancer un appel à l’aide pour «boucler le financement» de sa campagne. Bref, le parti héritier de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy fait la manche pour survivre.

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Certes, la finale sera la même qu’il y a cinq ans. Mais il faut se souvenir qu’Emmanuel Macron tirait alors une grande partie de sa légitimité de sa présence dans un gouvernement socialiste. Un ancrage social-démocrate qu’il élargissait et le rendait particulièrement solide face aux assauts de l’extrême droite.

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Cette fois-ci, le match se déroule entre deux candidatures difficilement définissables autrement que par celui et celle qui les portent. Il sera beaucoup plus serré et donc dangereux.

Elitisme contre populisme pour certains, mondialisme contre nationalisme pour d’autres, progressisme contre autoritarisme… les visions qui s’affrontent maintiennent le flou artistique sur leur colonne vertébrale afin de brasser le plus large possible. Résultat: chaque colère – elles sont nombreuses en France – trouvera une bonne raison de prendre le risque du vote contestataire.

Ces candidatures entièrement centrées sur le candidat et non plus sur le collectif, pratiquement sans ancrage local et donc potentiellement sans légitimité, révèlent les limites de la fascination française pour l’homme (ou la femme) providentiel. Un pouvoir ultra-concentré censé être contrebalancé par le parlement, ce qui n’a pas été le cas ces cinq dernières années. Dans ce régime présidentiel sans partis, les élections législatives de juin seront donc plus importantes et plus incertaines que jamais. Au risque de la crise de régime.

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