Opinion

La région sud du Sahel s’enflamme

OPINION. Réchauffement climatique et menaces djihadistes font plonger cette immense région dans le chaos, écrit Christine von Garnier, docteure en sociologie politique

Pendant que la droite et certains Verts romands se chamaillent à propos du mouvement Extinction Rebellion et de son icône Jacques Dubochet, plusieurs pays en Afrique sont de plus en plus atteints par une sécheresse impitoyable qui fait mourir hommes et bêtes. Par ailleurs, comme le décrit la Neue Zürcher Zeitung du 29 octobre, la région sud du Sahel est en train de s’enflammer. Il faut entendre par là que depuis la chute du pouvoir Kadhafi, le nombre de conflits, de destructions, de morts ne cesse de s’aggraver. En cause, l’avancée des islamistes et les changements climatiques qui favorisent la peur, la pauvreté, la corruption, les conflits interethniques, les migrations.

Pouvoirs menaçants

Mali, Burkina Faso, Tchad, Niger totalisent à eux seuls 75 millions d’habitants, auxquels pourraient s’ajouter un jour le Ghana et la Côte d’Ivoire. Une immense région, aussi grande que l’Europe (le Nigeria mis à part). Les efforts de l’armée française Barkhane, à laquelle se joignent les armées locales aidées par quelques militaires allemands, ne viennent pas à bout de ces explosions de violence. 80% des personnes vivent dans une extrême pauvreté, 40% des enfants de moins de 5 ans sont sous-alimentés. Beaucoup de jeunes sont sans travail et sans perspectives d’avenir. Les migrations sont leur seule possibilité d’envisager l’avenir. Dans cette région, le climat se réchauffe une fois et demie plus vite qu’ailleurs. Les femmes ont en moyenne quatre à cinq enfants, ce qui annule les progrès induits par la croissance économique. Les gouvernements semblent paralysés, souvent noyautés par la corruption; les fonctionnaires veulent rester au pouvoir si bien que certains gouvernements sont devenus menaçants envers leur peuple.

Le climat se réchauffe une fois et demie plus vite qu’ailleurs et les femmes ont en moyenne quatre à cinq enfants, ce qui annule le progrès de la croissance

Berlin et Paris sont conscients des dangers qui couvent depuis longtemps. L’Union européenne a investi 12 milliards d’euros depuis 2010 pour la sécurité et le développement de cette région. Mais c’est au cours de la réunion du G7 qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel ont enfin décidé de lutter plus efficacement contre le danger terroriste. Même la Suisse y a investi 100 millions de francs chaque année comme aide au développement. Et pourtant, le ministre de la Défense du Burkina Faso, Moumina Cheriff Sy, n’a pas hésité à dire que les engagements des Européens n’ont eu aucun effet… La ministre de la Défense française, Florence Parly, vient d’effectuer la tournée de plusieurs de ces Etats pour se rendre compte sur place de cette situation explosive et a assuré une aide armée supplémentaire avec des militaires européens dès 2020. Elle ne veut pas laisser le champ libre aux djihadistes, a-t-elle affirmé.

Ils avancent partout

Alors? Il est temps de comprendre qu’il faut aussi aider cette grande région à créer des perspectives d’avenir par la formation et des places de travail. Rouvrir les centaines d’écoles qui ont été fermées et établir des hôpitaux qui fonctionnent. Mais il faut beaucoup de courage et la bonne volonté de la part des gouvernements, ce qui n’est pas toujours acquis. Les djihadistes savent très bien comment déstabiliser un pays. Ils s’y prennent actuellement de la même manière en Erythrée et au nord du Mozambique. Ils avancent partout comme des fourmis soldats et, avec les effets du changement climatique, cela ne fait qu’empirer. Jacques Dubochet a raison de nous secouer, car il y a des dangers qui s’accumulent partout…

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