éditorial

Les règles de l’investissement ont changé

Les obligations, qui protégeaient les portefeuilles, jouent de moins en moins ce rôle. Repenser les investissements et les diversifier encore davantage est devenu essentiel

Certains stigmates de la crise financière et de ses suites restent bien visibles. L’un d’eux concerne l’investissement. Des règles et des paramètres ont changé.

Les actifs considérés comme sûrs sont en voie de disparition, ou presque. On a cru que les Etats se montreraient toujours capables de rembourser. Les suites de la crise ont nuancé ces croyances. En outre, les obligations d’Etats jugés les moins à même de faire faillite ne garantissent plus à l’investisseur de retrouver son capital intact à l’échéance. Pire, dans beaucoup de cas – le montant est estimé à 9000 milliards de dollars –, les rendements sont négatifs. L’idée qu’un emprunt rapporte, au moins pour compenser l’inflation, au mieux pour récompenser le fait de prêter de l’argent à quelqu’un, est devenue une vue de l’esprit.

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Plus risqué

Autre bouleversement, les obligations n’offrent plus, comme avant la crise, une couverture face aux soubresauts des bourses. Elles ont de plus en plus tendance à évoluer comme les actions, faisant peser davantage de risques sur les portefeuilles.

Pourtant, nombre d’investisseurs, parfois pour des raisons légales, notamment en ce qui concerne les caisses de pension, continuent de détenir des milliards de dollars, d’euros ou de francs d’emprunts souverains. Un phénomène qui tend à exacerber le problème: plus les acteurs s’y accrochent, moins ces actifs offrent de performances.

La fin progressive des programmes exceptionnels des banques centrales, qui ont racheté pour des centaines de milliards de ces produits financiers, distordant le marché au passage, pourra aider. Lorsqu’elles se mettront à les revendre, la pénurie sera moins aiguë. Cela ne suffira cependant pas pour entraîner un retour à la normale ces prochaines années. Les investisseurs doivent enterrer l’idée que le marché obligataire sera à nouveau sûr et rentable.

Nouvelle vision

Aussi déplorable qu’on puisse la juger, cette réalité nécessite des adaptations, une nouvelle vision. La règle obligeant les caisses de pension à la prudence, donc à acheter des obligations, est-elle toujours adaptée et vraiment utile à la protection des fonds?

Cette question, centrale, en amène une autre: ne faudrait-il pas accroître la diversification en incluant d’autres classes d’actifs? L’immobilier est déjà largement présent dans les portefeuilles, mais il existe d’autres pistes. Comme les infrastructures: il faut une assise financière solide et suffisamment de temps pour lancer de grands projets, qui peuvent à la fois offrir du rendement et amener une plus-value pour le pays. Pourquoi pas, soyons fous, imaginer un projet futuriste du genre de l’Hyperloop qui relierait les extrémités de la Suisse en quelques minutes?

Autre possibilité à étudier: investir dans les start-up est risqué, mais peut aussi s’avérer extrêmement lucratif en plus de donner un coup de pouce nécessaire à l’innovation suisse, où des projets prometteurs émergent et au moment où la numérisation devient centrale pour toutes les économies.

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