Editorial

Les règles, parlons-en!

Silence et railleries accompagnent encore trop souvent les menstruations. Ce qui empêche de prendre au sérieux les besoins des femmes sur ce sujet

Bleu: c’est la couleur invariablement utilisée pour représenter le sang menstruel dans les publicités pour les protections périodiques. Cherchez l’erreur! Quoiqu’il s’agisse d’un phénomène parfaitement naturel, et qui fait partie intégrante de la vie de la moitié de la population mondiale, les règles demeurent tabou. Elles n’apparaissent guère dans nos discussions, encore moins dans nos oeuvres d’art et nos débats politiques. Elles ne figurent pas non au plus au sommet des préoccupations des féministes.

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De cette chape de plomb découle un certain nombre d’iniquités: serviettes et tampons font l’objet d’une taxation abusive, qui peut les rendre difficile d’accès pour les populations les plus précaires. Peu de recherches sont par ailleurs menées pour améliorer ces produits ou s’assurer de leur innocuité pour la santé.

Certes, la situation est encore pire ailleurs: de nombreuses femmes à travers le monde n’ont tout simplement pas accès à des protections hygiéniques dignes de ce nom. Dans certaines cultures, notamment en Inde ou en Afrique, les jeunes filles et femmes sont privées d’école ou de lieux de culte sous prétexte qu’elles ont leurs règles. Mais tout de même: quand on entend Donald Trump déclarer au mois d’août 2015 que la journaliste Megyn Kelly, qui animait un débat entre candidats républicains, «devait saigner de quelque part», on comprend qu’il reste du chemin à parcourir!

Comment dépasser le silence et les railleries qui accompagnent encore trop souvent les règles, et qui font qu’on prend trop peu au sérieux les besoins des femmes sur ce sujet? Des activistes, à l’image de l’artiste indienne Rupi Kaur, cherchent à dénoncer les carcans imposés par notre société. Pourquoi ne serait-il pas acceptable de montrer ses règles, à une époque où le corps féminin est largement exposé dans l’espace public? Cette prescription ne serait-elle pas avant tout masculine?

Qu’on s’en convainque: à une époque où on voudrait le croire libéré, le corps des femmes demeure soumis à de multiples contraintes, comme en témoigne aussi la dictature de la minceur qui lui est imposée. Il est temps de rendre aux femmes la liberté de vivre leur corps comme elles l’entendent. Dans cette perspective, le combat pour la visibilité des règles pourrait aussi constituer une nouvelle forme d’émancipation.

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