Sur le dossier européen, le Conseil fédéral ne peut plus nous décevoir. Personne n’en attend rien. Pas davantage que des partis politiques. La rencontre à Davos entre la délégation du Conseil fédéral, emmenée par la présidente Simonetta Sommaruga, et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’est achevée par un échange de points de vue. Nul n’en a vraiment été étonné. Depuis plus d’un an, le dossier de l’accord-cadre est aussi animé qu’une gare TGV un jour de grève. On n’y croise que quelques silhouettes fantomatiques. Les commentateurs en sont réduits à titrer que désormais «La balle est dans le camp de la Suisse» ou que «Le Conseil fédéral doit au plus vite faire connaître la couleur». Tout en avouant que rien ne bougera avant la votation du 17 mai sur l’initiative de l’UDC «Pour une immigration modérée (initiative de limitation)».

L’UDC dicte son agenda

On se gardera de jeter la pierre au seul Conseil fédéral. C’est tout le système politique suisse qui est paralysé par la peur. La peur de perdre. Depuis le 9 février 2014 et l’adoption de l’initiative «Contre l’immigration de masse», milieux économiques, partis politiques, parlement et gouvernement vivent dans l’angoisse d’un nouvel échec. Qu’importe que la droite nationale ait perdu sur toutes ses initiatives depuis 2014 – «Halte à la surpopulation», «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels», «Initiative pour l’autodétermination» – ou qu’elle soit en recul dans les élections fédérales et cantonales. Pour dicter l’agenda politique, il suffit à l’UDC d’agiter la menace d’un référendum ou de lancer régulièrement une nouvelle initiative. Ainsi, c’est parce qu’Ignazio Cassis craignait de réveiller le spectre de l’immigration qu’il a repoussé la signature du Pacte de l’ONU sur les migrations. Sans même avoir à bouger, la droite nationale-conservatrice engrange des succès sur le court terme. Retarder depuis bientôt dix ans tout rapprochement et tout nouvel accord avec l’UE lui suffit provisoirement.