Il y a quelques jours, l’image sidérante d’un container rempli d’une demi-tonne de sacs de poudre blanche dans une usine de Nespresso venait le rappeler: le commerce illégal de drogue se porte très bien, en Suisse aussi. D’ailleurs, les villes suisses battent régulièrement des records de consommation de drogue, dans le monde.

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L’annonce de Lausanne, mardi, concerne un autre marché illégal, bien plus volumineux: celui du cannabis, de loin la préférée des substances interdites. Au cœur de ce vaste marché noir, la ville compte créer un îlot de vente de cannabis légal, destiné à un millier de consommateurs, qui ne soit ni un espace médicalisé ni un club incitant à la consommation.

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Que ce projet de longue haleine aboutisse est une bonne nouvelle. Car arrêter davantage de dealers et augmenter la présence policière dans l’espace public a peut-être calmé le débat sur le deal de rue, ça n’a rien réglé au problème de fond. La marijuana continue d’alimenter la criminalité. Et son interdiction n’atteint pas cet autre but: protéger les consommateurs, qu’ils soient majeurs ou mineurs.

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Le marché noir étant par définition opaque, on manque de connaissances sur les substances qui circulent, sur leur nocivité, ou encore sur les comportements des consommateurs. Or, on ne mène pas des politiques publiques en naviguant à vue.

C’est l’une des ambitions qui animent Lausanne avec son projet pilote de vente de cannabis: démontrer qu’une régulation peut affaiblir le marché noir. Mais la ville avance sur une voie étroite, bardée de contraintes. Il faudra commencer par convaincre un millier de personnes de livrer leur identité, de remplir des questionnaires sur leur consommation hier encore interdite, et de se soumettre à une série de règles garantissant la réussite du projet.

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Pendant ce temps, au parlement fédéral, les discussions avancent à petits pas. Les commissions de santé des deux chambres ont accepté une initiative parlementaire réclamant une régulation du cannabis, au nom de la protection des consommateurs et de la jeunesse. Un projet de loi est en construction. Ce n’est pas anodin: la proposition émane d’un représentant du centre bernois, anciennement de l’UDC.

Dans ce contexte, les villes suisses ont un rôle crucial à jouer. Leurs expériences doivent permettre de passer du pourquoi au comment. Lausanne s’oriente vers le modèle canadien, où le marché du cannabis reste en mains publiques et ses revenus servent à renforcer la prévention, plutôt qu’à augmenter le profit d’entreprises privées. Zurich et Bâle misent, quant à elles, sur la vente en pharmacie. Autre bonne nouvelle: enfin, les villes romandes ne sont plus en reste, et contribuent au débat à venir, à égalité avec les grandes villes alémaniques qui jusqu’ici se sont profilées sur ces questions.

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