En janvier dernier, l’affaire était entendue, la leçon retenue. Après avoir manqué de masques, de puces électroniques ou de matières premières durant la pandémie, le Vieux-Continent allait se réindustrialiser. Promettant d’éviter de coûteux et polluants kilomètres de fret, ces bonnes résolutions se fondaient de plus à merveille avec la volonté de réduire l’empreinte carbone européenne.

L’année 2022 s’est malheureusement chargée de doucher ces louables intentions. Contraignant de nombreuses entreprises européennes à revoir leur stratégie géographique d’investissement, l’explosion des coûts de l’énergie a déjà réfréné les ardeurs. Mais le coup d’assommoir est venu du bon vieil allié américain, plus précisément de son Inflation Reduction Act (IRA), adopté dans la torpeur du mois d’août.

Entre protectionnisme et concurrence déloyale

Il a fallu des semaines pour que l’Union européenne comprenne à quelle sauce son industrie allait être mangée. Car sous un nom un brin trompeur, l’IRA ne cible pas seulement les ménages étranglés par l’inflation. Il vise aussi l’expansion des énergies renouvelables par une batterie de subventions, d’incitations et de clauses de préférence nationale pour les entreprises.

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Malgré les sourires de façade, la visite à Washington du président Emmanuel Macron, la semaine dernière, n’a en rien fait fléchir la position américaine, et l’UE travaille depuis à la contre-attaque. Assouplir les règles en vigueur pour l’octroi d’aides étatiques, lancer un énième plan de soutien économique? Les idées ne manquent pas. Mais les Vingt-Sept s’époumonent, tergiversent et se déchirent, l’Allemagne se refusant notamment à de nouvelles dépenses communautaires et prêchant pour des plans étatiques. Ce qui l’arrange bien.

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Si Bruxelles ne veut pas voir ses rêves de réindustrialisation et d’indépendance énergétique sombrer, elle a intérêt à appuyer sur l’accélérateur pour trouver une parade. Après s’être fait déposséder de son savoir-faire photovoltaïque par l’Asie, supplanter par les Etats-Unis dans la course numérique, l’Europe n’a tout simplement plus le droit à l’erreur. D’autant plus qu’elle dispose d’acteurs technologiques sérieux dans la lutte contre le changement climatique. Mais le risque est grand de les voir s’évaporer, alléchés par les dollars américains. Le 28 novembre, le suédois Northvolt annonçait déjà la couleur: ce fabricant de batteries électriques très en vue songe à retarder un projet en Allemagne. Au profit d’un investissement de l’autre côté de l’Atlantique.


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