C’est une histoire comme en raffolent les Anglais, qui ont le sens de l’humour, le sens de l’histoire et celui des traditions. Les faits, tels que nous les dépeint le site du Courrier international: «Elisabeth II fait face à la colère des employés du château de Windsor, mécontents de leur salaire, et qui envisagent de faire grève. Une première dans l’histoire de la monarchie anglaise.»

C’est que, apprend-on via le Daily Telegraph, les salaires des petites mains du château sont une vraie misère. Ils «commencent à 14 400 livres [19 680 euros] par an, ce qui est moins que le salaire minimum, mais ils doivent exécuter des extras sans recevoir d’argent supplémentaire, comme le fait d’effectuer des visites guidées ou de jouer le rôle d’interprètes». C’est pourquoi le syndicat majoritaire du Royal Collection Trust – car ce sont les travailleurs et les travailleuses de cet organisme dont il s’agit et non du Royal Household, le personnel de la maison royale proprement dite – appelle à un arrêt de travail sur ces extras non rémunérés.

«La reine est confrontée pour la première fois à une action industrielle de ce genre», s’exclame le reporter en chef du Telegraph, Gordon Rayner. Qui explique que le syndicat sondera ses membres jusqu’au 14 avril pour décider de l’irréparable si rien ne bouge.

Matthew Weaver, dans The Guardian, touille la plaie plus profondément encore, citant la pasionaria du mouvement pour l’abolition de la royauté, Graham Smith, qui déclare: «C’est une faillite du leadership de la part de la reine, qui continue à payer si mal son personnel, malgré les millions de subsides publics qu’elle touche annuellement.» Et Smith d’en ajouter une couche encore: «C’est typique de la famille royale qu’elle continue à demander de l’argent pour elle-même, dépensant des millions pour rafraîchir leurs résidences, dans le même temps qu’elle exploite la bonne volonté des gens ordinaires qui travaillent durement pour permettre à leurs châteaux de fonctionner.»

Partagé plus de 5000 fois sur les réseaux sociaux, l’article de Matthew Weaver déclenche bien entendu les passions auprès des lectrices et des lecteurs du Guardian. Certains prennent fait et cause pour la reine, taclant les déclarations de Graham Smith. D’autres suggèrent d’envoyer les ducs et les princes jouer les guides et les guichetiers. D’autres citent cette satanée mentalité Downton Abbey qui pourrit le lien social.

D’autres enfin parlent de révolution. Et l’on aura compris par là que cette histoire de grève du personnel de Windsor a, une fois de plus, déterré la hache d’une des guerres favorites des Britanniques: pour ou contre la Royauté.

Quant à la grève: on avisera au terme du délai de négociation!

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