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Journalisme

Réinventer les médias

OPINION. Le 28 avril le Graduate Institute, en partenariat avec «Le Temps» et l’Académie du journalisme de l’Université de Neuchâtel, organise à Genève une Dispute sur l’avenir des médias. Charles Kleiber évoque les défis à relever

Pendant cette année anniversaire de nos 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques de nos valeurs. La première est celle du journalisme, chamboulé par l’ogre numérique, par les fausses nouvelles, et que les pouvoirs politiques rêvent toujours de reprendre en main. Nous vous avons présenté

Pour cette dernière semaine, nous vous proposons des réflexions et éclairages historiques:


Nous inventons des outils et en retour, les outils nous transforment, nous font et nous défont. Ainsi du langage, ainsi du feu, ainsi de l’imprimerie et d’Internet.

Les médias nous faisaient entendre le bruit du monde, la science décrivait le réel, le lent travail de la connaissance nous permettait peu à peu de nous accorder sur quelques vérités passagères. Venues de la longue durée, quelques rares valeurs universelles permettaient aux peuples de vivre, tant bien que mal, ensemble. L’histoire était prévisible: elle avait un sens. Avec Internet et la numérisation du monde, tout change. Des données de plus en plus nombreuses, de moins en moins chères nous envahissent, l’information explose, devient marchandise, circule, s’agrège, se charge de sens devient message, s’enrichit devient connaissance, s’interprète devient pouvoir, se corrompt devient poison. Elle reflète mille cultures différentes, dit la vérité et le mensonge, le réel et les apparences, les faits et les rumeurs. Comment trier? Le monde en est plus complexe, plus contradictoire, plus conflictuel. Le mal plus banal. Désormais, la grande clameur occupe l’espace médiatique. Plus besoin d’imprimerie pour se faire lire, de stations de radios pour se faire entendre, ou de studio de télévision pour se faire voir. Chacun, peut devenir un média, chacun peut tweeter, bloguer, informer, désinformer, corrompre l’information ou dire la vérité. Tous les contenus sont disponibles, en tout temps, en tous lieux, gratuitement ou presque sur tous les médias. Nos idées, nos croyances, nos valeurs, nos identités, nos passions, ce que nous sommes, ce que nous devenons, se construit désormais sur la Toile, par le jeu et le travail de l’information. Le vieux monde médiatique s’efface, tout est à réinventer.

Voici donc le temps d’entreprendre

Ainsi des médias suisses. En comparaison internationale, nous jouissons d’une bonne couverture médiatique: elle est abondante, plurielle, décentralisée et fait une place équilibrée aux langues nationales. Le couple démocratie-médias fonctionne plutôt bien. Mais ce patrimoine est menacé: le modèle de service public de la radio et de la télévision doit être repensé, celui de la presse écrite s’effondre lentement avec la baisse des recettes publicitaires. Plusieurs journaux sont désormais des morts vivants, incapables d’intéresser les jeunes lecteurs qui fuient vers d’autres sources d’information. Ils luttent avec moins de temps, moins d’argent, moins de personnel, pour tenter de subsister et de conquérir quand même une ressource de plus en plus rare: l’attention du public. Pourtant, les sondages en témoignent, le désir de lire, de voir, de découvrir, de s’informer, n’a jamais été aussi vif. Une nouvelle conscience du monde et de ses enjeux se renforce. C’est le bon moment pour inventer autre chose.

Rien ne sera possible si l’information, ses infrastructures, ses usages, ne s’inscrivent pas dans une logique de bien commun

Voici donc le temps d’entreprendre. L’économie des médias est en crise? Il faut imaginer de nouveaux modèles économiques. Le métier change, les journalistes ont perdu la confiance de leur public? C’est l’occasion de mieux écouter, de faire entendre les voix inaudibles, de donner la parole à ceux qui l’ont perdue. Plus difficile: de résister à la tentation d’expliquer le monde pour mieux l’interroger avec tous les savoirs disponibles. Une guerre de l’information se livre dans l’ombre? C’est maintenant, plus que jamais qu’il faut résister et affirmer l’indépendance des médias face à tous les pouvoirs. Face au plus redoutable surtout: le prêt à penser. Une information corrompue nous empoisonne? Les fake news ne résisteront pas à la rigueur de ceux qui les traquent. La concurrence médiatique opère des concentrations et tue les médias? Les réseaux de coopération, les plateformes communes, les nouvelles combinaisons de l’écrit, de l’image et du son, leur redonneront vie. Le sport, les divertissements sont omniprésents? Il faut leur donner la place qu’ils méritent dans la culture, là où se tissent les liens invisibles entre les humains et se construisent les récits qui donnent du sens à leurs vies. Tout commence par les mots ou par quelques images, les pires drames, les dictatures les plus sanglantes: il faut donc traquer l’information corrompue pour faire passer un peu de la vérité du monde. Informer est un dur travail, rendre le monde plus intelligible et nous plus intelligents est une passion. Prenons garde: l’histoire nous jugera peut-être sur le statut que nous donnerons à l’information. Mais rien ne sera possible si l’information, ses infrastructures, ses usages, ses plateformes, ses concurrences ne s’inscrivent pas dans une logique de bien commun. Les peuples l’ont fait pour l’eau, pour le transport. Ils tentent de le faire pour l’air et le climat. Pourquoi pas pour ce qui nous constitue: l’information?

La dispute de Genève

La Dispute sur l’avenir des médias qui aura lieu à Genève le 28 avril 2018 sur l’initiative de l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève et de l’Académie du journalisme de l’Université de Neuchâtel et en partenariat avec Le Temps n’a pas l’ambition de répondre à tous ces défis. Mais, en questionnant des expériences concrètes, projets contre projets, elle permettra peut-être de partager des accords et des désaccords, de mettre en évidence nos contradictions, de comprendre c’est-à-dire de prendre avec. Pour faire apparaître derrière ce qui est, ce qui pourrait être. Vivent les médias!

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