éditorial

Rejet de «No Billag»: une confiance qui oblige

EDITORIAL. Le refus massif de l’initiative contre la redevance offre à la SSR une chance de se réformer dans les meilleures conditions: sans pression et avec le soutien du public

Elle s’est effondrée comme un soufflé. Portée par des sondages prometteurs et ce qu’on pensait être un vent de révolte populaire contre une redevance trop chère, l’initiative «No Billag» termine avec un score misérable: moins de 30% de oui, selon les premières projections de ce dimanche.

L’incapacité de ses partisans à esquisser une vision crédible d’un paysage audiovisuel suisse sans SSR apparaît comme l’un des facteurs principaux de l’échec. Le sophisme consistant à prétendre que l’abolition de la redevance permettrait au diffuseur national de survivre, moyennant quelques ajustements, est apparu pour ce qu’il est – un mensonge idiot.

Suivez et commentez ce dimanche de votation sur notre page spéciale.

On a pu reprocher à la SSR de ne pas avoir de plan B si «No Billag» passait. Mais ce sont surtout les initiants qui manquaient cruellement de plan A – A comme alternative aux chaînes publiques actuelles, si d’aventure les Suisses décidaient de retirer leur principale source de financement. L’idée de voir l’audience et les revenus publicitaires suisses siphonnés par des acteurs étrangers, ne laissant vivoter ici que quelques télévisions commerciales ou locales, n’avait rien d’attrayant.

Elément de souveraineté

Les Suisses ne sont pas des iconoclastes. S’il arrive parfois qu’ils votent «anti-système» (immigration, minarets…), ils ne sont pas prêts à sacrifier un pilier de l’identité nationale au seul prétexte que celui-ci coûte trop cher. On ne songerait pas à abolir les CFF simplement parce que leurs tarifs sont élevés et les trains parfois en retard. La SSR entre dans la même catégorie. Quels que soient ses défauts, elle reste une institution qui a fait ses preuves et un élément indispensable de la souveraineté du pays dans le domaine de l’information.

Durant la campagne, on a souvent comparé la SSR de 2018 à l’armée suisse de 1989. Face à une initiative qui demandait son abolition, l’institution militaire avait certes remporté la votation haut la main (64,5% de non à l’initiative). Mais elle avait dû entamer un cycle de réformes permanentes, qui dure encore et qui a abouti à un amaigrissement significatif. L’armée de milice n’est plus la «vache sacrée» d’antan, mais un outil fonctionnel sommé d’évoluer avec son temps.

Pas de chèque en blanc

En ira-t-il de même pour la SSR? Ses dirigeants sont-ils conscients d’avoir frôlé la catastrophe malgré le score étique de «No Billag»? Les premières réactions aux résultats le diront. Le danger serait de confondre ce vote de confiance avec un chèque en blanc en faveur du statu quo. Car la SSR partage quelques défauts avec l’armée de 1989: un coût élevé, une définition imprécise de sa mission de service public et une croyance excessive dans son caractère indispensable.

Comme l’armée en son temps, elle est menacée par des tendances sociologiques et technologiques de long terme: vieillissement de son audience, changement des modes de consommation et érosion des revenus publicitaires. Au-delà du non sec et sonnant à «No Billag», ces défis demeurent.

La SSR est désormais idéalement placée pour y répondre. Avec le soutien de la population et sans la pression du camp «No Billag» et de l’UDC, disqualifiés – au moins provisoirement – par leur piètre score de ce dimanche.

Publicité