Dans la tête de Benoît XVI

Rejoindre le silence

Mélanie Chappuis se met dans la tête du pape démissionnaire qui ne rêve que de solitude, lui qui était fait pour apprendre et non pas pour agir

Les quitter, enfin. Et te retrouver, mon Dieu. Tendre l’oreille. Ne plus être saturé de bruit, de vacarme, de sollicitations, de scandales. Tendre l’oreille au silence qui revient, et à Toi dans ce silence, mon Dieu. Le Christ n’est pas descendu de sa croix, ni Jean Paul II. Moi, si. Pardonne-moi, mon Dieu. Cette épreuve était trop dure pour moi. Je ne suis pas fait pour eux. Ils m’ont toujours fait peur. Ils sont si versatiles, tantôt acquis, tantôt ennemis. Je suis le contraire, constant, fidèle, aimant. Je ne suis ni tacticien, ni charismatique, ou révolutionnaire. Ni même réformateur. Je suis venu sur cette Terre pour apprendre, pas pour agir. Eux ne prennent plus le temps d’apprendre.

J’ai aimé l’amour qu’ils m’ont donné parfois, si nombreux, rassemblés autour de moi. Mais un mot de travers, un mot mal compris par eux qui écoutent si peu, et c’est le contraire. Je me retrouvais ballotté, passant de leur adhésion à leur réprobation, et seule la mitre, si lourde, que je porte si mal, me permettait de rester enraciné dans cette étrange fonction. Bruyante fonction. J’ai essayé d’y trouver un peu de tranquillité, mais on me le reprochait. Et dans ces interruptions coupables, dans ces instants volés d’isolement et de recueillement, je n’ai pu Te rejoindre, me sentir guidé. Je savais trop que dehors ils m’attendaient. Il me fallait sortir, parler, décréter, décider. Comment le pouvais-je, moi qui ne T’entendais plus?

Je n’ai jamais souhaité être dans le mouvement perpétuel du monde. J’ai peur du mouvement, peur d’être pris dans les mailles d’un mauvais filet, comme jadis, comme toujours. C’est dans le silence que je T’ai trouvé. Et Tu m’as précipité dans le vacarme des hommes. Tu m’as privé de Toi. Tu m’as dépourvu de guide et de lumière. Comment pouvais-je guider à mon tour? Je veux être rien. M’extraire du monde, être entouré de vide, Et dans ce vide, peut-être, T’entendre à nouveau. Il y a si longtemps que je n’ai pas ressenti Ta présence. Que je n’y ai pas goûté. Me pardonneras-Tu? Serai-je foudroyé et privé de Toi dans l’au-delà?

Me retirer dans un monastère. Réfléchir au sens de ma mission sur terre. Inachevée. Et attendre la mort.

Il arrive, leur réformateur. C’est moi qui lui ai fait une place. J’ai été ce pape de transition qu’ils voulaient. Que Tu voulais? Mon Dieu, aurais-je rempli ma mission, alors? Aurais-je fait ce que Tu attendais de moi? Me pardonnes-Tu ma démission? M’accompagnes-Tu encore? Merci pour cette chaleur qui m’envahit, mon Dieu. Merci pour Ta présence. Tu ne m’as pas abandonné. Tu es de retour. Je vais relire. Tout ce que j’ai aimé. Boire une petite bière. Manger de ce parmesan que j’aime tant. Ma plus belle découverte romaine. Avec leur bon pain salé et farineux. Faire des bulles ex-papales dans mon bain. Retrouver la légèreté dans mon corps vieux et fatigué. Et T’entendre, et T’attendre, mon Dieu.

Manger ce parmesan que j’aime tant. Ma plus belle découverte romaine. Avec leur bon pain salé et farineux

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