Le raccourci est en vogue à Bruxelles, du côté des défenseurs du plan de relance européen de 750 milliards d’euros (dont 500 milliards financés par des emprunts «au nom de l’UE»). Pour ces derniers, majoritaires parmi les Vingt-Sept qui se réunissent ce vendredi, les quelques pays encore récalcitrants ne sont pas des «frugaux», mais simplement des «radins».

Haro, donc, sur les demandes des Pays-Bas, de la Suède, du Danemark et de l’Autriche, en termes de conditionnalité et de garanties sur cet effort budgétaire commun inédit dans l’histoire de l’Union! L’essentiel, entend-on, doit être d’emprunter et de dépenser vite pour que la récession n’emporte pas tout sur son passage.

Sur le fond, l’exécutif communautaire et les deux co-initiateurs de ce plan, l’Allemagne et la France, ont raison d’insister sur le calendrier. A chaque fois que l’histoire a violemment frappé à sa porte, qu’il s’agisse de la désagrégation de l’ex-Yougoslavie ou de la crise financière de 2008-2010, l’Union européenne est d’abord tombée dans le piège du «trop peu, trop tard». Mais, vu de Suisse, où la rigueur budgétaire reste une vertu économique, ces arguments massue méritent d’être pondérés.

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L’exemple des 1,3 milliard de francs consacrés à partir de 2007 par la Confédération au financement de programmes de cohésion dans les nouveaux pays de l’UE a démontré qu’un suivi de l’utilisation des fonds est indispensable pour surmonter la corruption et les obstacles locaux. Plaider, dès lors, pour une conditionnalité adaptée dans le déboursement de plusieurs centaines de milliards d’euros est moins une preuve de frugalité ou de radinisme que de sérieux. Les opinions publiques de ces très minoritaires pays «frugaux», dont la dette publique est bien moins élevée que la moyenne européenne, ont raison d’exiger un droit de regard sur le débit du robinet à dépenses.

L’autre contre-argument, tout aussi valide, est celui du risque de dérapage. Le débat sur l’indispensable mutualisation d’une partie des dettes publiques européennes est absolument légitime, surtout lorsque celles-ci doivent financer investissements d’avenir et transition écologique. Mais il ne serait pas acceptable que ce plan de relance post-Covid-19 ouvre la porte à un futur mécanisme permanent d’emprunt communautaire que les parlements nationaux n’auraient pas approuvé au préalable.

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La compétitivité des entreprises, l’attractivité économique, l’indispensable convergence des modèles sociaux et le respect de l’Etat de droit sont des valeurs qui ne se défendent pas à coups d’emprunts. Au contraire. S’endetter, même dans l’urgence, doit être un acte responsable. La frugalité, néerlandaise, suédoise ou helvétique, est aussi, face à la crise, une forme de responsabilité.