Il y a de bonnes raisons de s’opposer aux plans de relance dans un pays où le dynamisme économique repose d’abord sur les marchés extérieurs et peu sur une économie interne. Les rares expériences n’ont jamais été très concluantes. Souvent, les effets se sont fait sentir quand ils n’étaient plus désirables. Dans un pays qui s’est fait un point d’honneur à réduire sa dette, les plans de relance sont en disgrâce avant même d’être débattus. Tout au plus existe-t-il un consensus pour prolonger la durée des indemnités de chômage et accorder aux familles d’éventuelles baisses d’impôts.

Ce choix, qui confère à l’Etat un rôle d’anticipation très modeste, sera en arrière-fond de la décision que prendra aujourd’hui le Conseil fédéral sur l’opportunité ou non d’un nouveau programme conjoncturel.

Cette conception est-elle intangible? Doit-elle être respectée à tout prix, en dépit parfois du bon sens? Ces questions méritaient un débat; il a été volontairement escamoté. Première surprise: la Suisse a d’emblée écarté l’idée d’un «green deal» alors même que l’on devine déjà que la crise va, au fil des prochains mois, contaminer le marché intérieur, en particulier le secteur de la construction. Un programme d’investissements ambitieux dans la recherche et le développement des technologies propres et un soutien massif aux rénovations énergétiques permettraient d’avancer le calendrier de travaux qu’il sera nécessaire d’accomplir tôt ou tard, peut-être même dans l’urgence d’une prochaine crise énergétique. Au plan économique, il ne fait aucun doute que les pays qui auront stimulé les premiers leur marché intérieur seront aussi ceux qui en récolteront à l’exportation les fruits mûrs. A-t-on oublié que bon nombre de sociétés suisses actives dans les technologies de l’environnement exploitent des techniques qui ont été mises au point il y a plus de vingt ans, à l’époque où la Suisse consentait de gros efforts? Enfin, une grande majorité des villes suisses, nombre de groupements immobiliers et d’entreprises se seraient mis en mouvement si la Confédération se décidait à bouger et à bousculer son agenda. Mais, dans ce pays, on n’aime pas «les grands plans» qui sonnent faux aux oreilles de lobbies pour qui tout interventionnisme est d’emblée suspect. La Suisse «verte» restera donc au rayon des cartes postales.