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La chancelière allemande à Berlin avec le président Français Emmanuel Macron en avril dernier.
© JOHN MACDOUGALL/AFP PHOTO

Revue de presse

Sur la relance de la zone euro, Angela Merkel se réveille enfin (un peu)

La chancelière allemande répond à Emmanuel Macron… huit mois après. Elle est cependant très en deçà des propositions ambitieuses formulées par Paris, au moment où l’Italie devient un obstacle de plus dans la régénération de l’Eurozone et de l’Union post-Brexit

Après des mois de silence et d’atermoiements, la chancelière allemande, Angela Merkel, a fait un geste dimanche en direction du président français, Emmanuel Macron, notamment sur les propositions de ce dernier concernant l’avenir de la zone euro, formulées par l’Elysée depuis un bon moment: en septembre 2017. «Huit mois après», ironise Le Parisien, elle a accepté un budget d’investissement limité, au moment où un gouvernement anti-austérité s’installe au pouvoir en Italie et où les négociations sur le Brexit affaiblissent considérablement l’Union européenne. Mais, «de crise en crise», elle «agit toujours avec le même calme apparent», écrit Le Figaro.

Lire aussi: Macron-Merkel, en marche ou en panne? (18.04.2018)

Plus concrètement, aux yeux de Courrier international, dans une longue interview à l’édition dominicale de la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), elle dit accepter le principe de deux mécanismes limités d’entraide entre pays de la zone euro: le budget d’investissement, donc, et un nouveau système de prêts pour les Etats en difficulté. Car «nous avons besoin d’une plus grande convergence économique entre Etats membres au sein de la zone euro», estime-t-elle, dans une formule vague et laissant beaucoup de champ à l’herméneutique politique.

De la «cosmétique»

Cependant, avec les quelques dizaines de milliards d’euros proposés par Berlin, on est encore «très loin des souhaits de départ» de Paris, soit dans une «réforme plus cosmétique que réelle». C’est El País qui le souligne à Madrid, avec beaucoup d’autres médias qui disent que la chancelière ne fait que «lâcher du lest», tout en essayant de rassurer ses partenaires européens. Avec cet art consommé de cacher l’essentiel pour ne pas effrayer ses adversaires, elle s’est donc dite «tout à fait disposée à parler avec le nouveau gouvernement italien des moyens d’aider davantage de jeunes à trouver un travail», alors que leur taux de chômage est très élevé.

La chancelière allemande a fait ces remarques bienveillantes «après la publication d’informations» selon lesquelles la nouvelle coalition au pouvoir à Rome «entendait demander à la Banque centrale européenne l’effacement de 250 milliards d’euros de la dette italienne». Boum. Mais, feignant de n’avoir rein entendu, elle a «félicité» Giuseppe Conte, le nouveau président du Conseil italien, lors d’un entretien téléphonique samedi et l’a invité pour des discussions. Quand? «Bientôt» à Berlin, précise Le Monde: des «formules froides et protocolaires» qui laissent déjà entrevoir le fossé qui risque de se creuser avec l’Italie, dont les nouveaux dirigeants ont toujours accusé la chancelière de «vouloir imposer sa politique à la Péninsule», indique encore Le Figaro.

Sur le principe, la présidence française perçoit tout de même un tournant dans la position allemande, jusqu’ici très réservée. Mais le cadre fixé par Berlin – encore une fois – se révèle très «strict». Alors qu’Emmanuel Macron parlait l’automne dernier de «plusieurs points du PIB de la zone euro», soit plusieurs centaines de milliards d’euros, la chancelière ne mentionne qu’un montant «limité à deux chiffres en milliards d’euros» – quelques dizaines, donc – sachant qu’elle affronte de forts vents contraires sur ses propositions en Allemagne, où l’opinion redoute toujours de devoir payer au final pour les pays trop dispendieux.

L’opinion, certes, mais pas seulement. Le Corriere della sera, cité en avril dernier par Eurotopics, parlait aussi des énormes pressions venant de sa famille politique, la CDU-CSU, «qui a fixé à la chancelière des limites à ne pas franchir sur le dossier de la réforme de la zone euro». Délicieusement ironique, son correspondant à Berlin, lors de sa première réception de Macron à la Chancellerie, avait bien noté que «Merkel avait cité avec enthousiasme Hermann Hesse»: «En tout commencement un charme a sa demeure.» «Il faut croire que le charme est rompu», se moquait-il alors.

Fait amusant, il faut aussi souligner avec Courrier international que c’est la même Frankfurter Allgemeine Zeitung qui, avant de tendre son micro ce dimanche à la chancelière, avait célébré il y a trois semaines le premier anniversaire de l’entrée d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Avec son magazine Woche, qui sacrait le président français «nouveau chef de l’Europe».

Et de souligner que «le petit prodige» avait «à nouveau propulsé la France sur le devant de la scène internationale» et que «sur le dossier européen, malgré son engagement et ses ambitions intactes», Emmanuel Macron faisait face au scepticisme de «nombreux membres de l’UE». Désormais, avançait la FAZ, «la France propose et l’Allemagne commente». Pourtant il est essentiel «de poursuivre un récit positif sur l’Europe», et pour cela la France «a besoin de Merkel». Il l’a compris, il «n’a jamais cru qu’il pouvait» la changer «à lui seul».

«Elle pour qui la politique est une technocratie»…

La presse allemande, celle de gauche en priorité, n’avait, elle, pas été très tendre non plus au printemps. La Tageszeitung commentait au même moment: «Merkel a débité des lieux communs en enfilade. En politique européenne, deux devises ont cours: l’argent et les symboles. Dans la première, Merkel ne veut pas payer; dans la seconde, elle en est incapable, elle pour qui la politique est une technocratie. […] Fait alarmant, le groupe pro-UE en Allemagne qui n’est pas persuadé que l’Europe entière n’en veut qu’à notre argent se réduit à peau de chagrin […]. Evaporé l’espoir que Merkel puisse profiter de ce dernier mandat pour entrer dans les annales de l’histoire comme une visionnaire européenne.»

L’analyse est claire, et l’on comprend alors un peu mieux pourquoi la chancelière ne parle surtout pas d’«union de l’endettement», mais d’aides très ciblées en échange d’une surveillance étroite. La Grèce en sait quelque chose… Il semble ainsi que l’Elysée ait encore beaucoup de grain à moudre pour convaincre la Chancellerie, comme Emmanuel Macron le voudrait, de la création d’un budget spécifique pour la zone euro, avec la désignation d’un ministre des Finances, et la transformation du Mécanisme européen de stabilité (MES) en un fonds monétaire européen.

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