La SonntagsZeitung et le Matin Dimanche reviennent tous deux sur les récentes attaques du conseiller fédéral Ueli Maurer dans la Weltwoche contre son collègue Didier Burkhalter, qui a repris la présidence de l’OSCE. Le magistrat UDC avait accusé jeudi le libéral-radical et ses collègues de mettre en danger la neutralité suisse (Le Temps, vendredi 21 mars). Le ministre s’était alors empressé de présenter ses regrets via un communiqué publié sur le site du DDPS. Interrogé par la SonntagsZeitung, le vice-président de la Commission de politique extérieure des Etats, le socialiste Christian Levrat annonce que le vitupérant conseiller fédéral UDC a été convoqué pour s’expliquer. «Il devra se justifier d’avoir poignardé dans le dos la politique du Conseil fédéral», assènent les auteurs de l’article. Quant au Matin Dimanche, il revient sur les dessous d’une interview réalisée dans l’urgence et pose la question: «Ueli Maurer a-t-il vraiment dérapé à l’insu de son plein gré?».
Didier Burkhalter préfère rappeler sa victoire que de répondre à Ueli Maurer
Toujours dans ces deux journaux dominicaux, on retrouve l’interview de Didier Burkhalter, lequel vient de remporter une victoire: celle de l’envoi d’une centaine d’observateurs civils en Ukraine. «Une proposition de la diplomatie suisse que j’ai présentée le 24 février à New York devant le Conseil de sécurité de l’ONU», aime rappeler l’intéressé. Aux attaques du ministre de la défense Ueli Maurer, le président de la confédération et de l’OSCE préfère rappeler que la neutralité et l’expérience dans la médiation aident la Suisse «à se faire respecter par les pays qui cherchent à résoudre les conflits».
«Nos amis, les Russes»
Le SonntagsBlick profite de l’actualité pour rappeler que les échanges commerciaux entre la Suisse et la Russie sont en constante progression – une large infographie en témoigne – et plus fortement ces dernières années. Selon le Secrétariat à l’économie, la Suisse aurait investi en 2012 près de 42 milliards de francs. «Cela représente 30% des investissements étrangers», précise l’hebdomadaire. A l’inverse, un tiers des investissements russes à l’étranger tombent en Suisse, pour un montant de 45,3 milliards de francs. Environ 600 entreprises suisses opèrent en Russie, y compris Nestlé, ABB, Swatch, Holcim, Roche et Novartis. La Suisse compterait, elle, 560 entreprises russes sur son territoire.
Pas de sanctions contre la Russie
La Suisse ne devrait pas prendre de sanctions contre la Russie à cause de l’annexion de la Crimée, selon Christian Levrat interrogée dans une longue interview par la NZZ. Le président du PS pointe le rôle de médiateur joué dans la crise ukrainienne par la Confédération, qui assume la présidence de l’OSCE en 2014. «Ce rôle est tout autre que ceux de l’Union européenne et des Etats-Unis, souligne le Fribourgeois. La Suisse apparaît comme une médiatrice. C’est pourquoi elle ne devrait pas se rallier aux sanctions d’autres pays, dont la réaction est aisément compréhensible.» En outre, le socialiste a critiqué avec virulence le comportement d’Ueli Maurer, le qualifiant de «désespérant». Jusqu’ici, la Suisse n’a pas adopté les mesures de l’UE et des Etats-Unis, qui ont imposé des restrictions de visas et le gel de leurs avoirs à des dizaines de personnalités russes. Le Conseil fédéral va toutefois devoir d’ici peu se prononcer sur cette question.
Les Suisses et le cannabis
Le cannabis fait encore parler de lui outre-Sarine, comme nous vous le rappelions dans nos colonnes (Le Temps, 28 février). Quelque 500 000 Suisses consomment le psychotrope, rappelle la SonntagsZeitung. Si Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise préconise d’attribuer des «licences de production» à des privés, l’ancien délégué aux drogues de Bâle-Ville Thomas Kessler explore une autre voie, celle d’autoriser les agriculteurs à produire, sous contrôle de l’Etat, près de 100 tonnes de cannabis par année. Un volume d’affaire d’un milliard de francs et 850 millions de taxes qui pourraient revenir dans les caisses des cantons, notamment destinés pour l’AVS et la prévention. Selon des calculs réalisés par Thomas Kessler, il resterait alors encore 30’000 francs pour chaque exploitation agricole.
L’ancienne conseillère fédérale, la Genevoise Ruth Dreifuss rappelle quant à elle, l’«extrême inefficacité du système», où des milliers de personnes consomment «sans culpabilité et dans la plupart des cas sans conséquences pour la santé». «Malgré cela, la consommation reste interdite, ceci dénote un manque de crédibilité», conclut la membre de la Commission mondiale sur la politique des drogues. A Genève, un comité interpartis avait relancé en décembre 2013 l’idée d’autoriser la consommation de cannabis sous contrôle de l’Etat. Le modèle des associations de consommateurs, existant aujourd’hui en Espagne, avait été retenu (Le Temps, 6 décembre).
L’«étincelle» d’André Blatmann
Alors que 62% des Suisses refuseraient l’acquisition de l’avion suédois Gripen, le chef de l’armée trouverait «juste, d’enseigner [dans les écoles] l’importance de la sécurité pour le pays» et de populariser cette thématique. Au SonntagsBlick, André Blattman rappelle aussi que personne n’a prévu ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine. «Nous ne savons de quoi sera fait l’avenir. Et il est trop tard de remettre une armée à niveau, quand quelque chose s’est déjà produit. […] Une étincelle suffit à faire un grand feu», prévient le commandant de corps.
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